Numéro 654 - mars 2026[dossier]

Quelle ambition pour 2040 ?

Temps de lecture : 6 minutes

Compte-rendu des Assises hospitalo-universitaires 2025

Les CHU, acteurs incontournables du futur hospitalier

Les 19es Assises hospitalo-universitaires se sont déroulées à Nantes les 27 et 28 novembre 2025 autour du thème « Quelle ambition pour 2040 ? ». Les rendez-vous bisannuels que sont ces Assises ont permis au fil du temps de consolider l’alliance entre gestionnaires, responsables élus de la communauté médicale et doyens des facultés de santé, dans une démarche fidèle à l’esprit de la réforme initiée par le Pr Robert Debré et concrétisée par l’ordonnance n° 58-1373 du 30 décembre 1958 relative à la création de centres hospitaliers et universitaires, à la réforme de l’enseignement médical et au développement de la recherche médicale. Le chemin parcouru depuis la fondation en 1970 de la Conférence des directeurs généraux de CHU, bientôt rejointe par les Conférences des présidents de commissions médicales d’établissement et des doyens, doit être interprété comme une forme d’émancipation de la communauté hospitalo-universitaire qui entendait faire valoir son expression spécifique et son leadership aux côtés des autres formes de représentations hospitalières publiques, dont la Fédération hospitalière de France (FHF), qui aime rappeler sa place de « maison commune ».

En ce sens, les Assises des CHU sont devenues un rendez-vous incontournable, un temps collectif d’expression et de propositions que les pouvoirs publics ne peuvent négliger. Le rendez-vous à Nantes fin 2025 n’a pas dérogé à cette montée en force de la parole hospitalo-universitaire. L’addition des compétences et des expertises y est renforcée par la liberté de parole qui caractérise le monde universitaire. Les CHU bénéficient en outre d’un contexte favorable pour conforter leur rôle du fait de l’instabilité de leur environnement. Ils ont certes subi le choc de la loi n° 2015-29 du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions, puis ont vu surgir de nouveaux CHU mais, dans les faits, le groupe est resté compact. Les CHU apparaissent ainsi comme des interlocuteurs constants alors que les établissements publics de santé non universitaires peinent à construire une représentation unitaire du fait de l’intégration inachevée des 135 groupements hospitaliers de territoires (GHT). Quatorze régions, 32 CHU, c’est naturellement plus lisible que 1 300 établissements, 135 GHT, 34 753 communes et 1 252 intercommunalités non superposables. Cela ne signifie pas que d’autres formes de représentations ne tiendraient pas une position prépondérante, mais la combinaison de la technicité, de la liberté universitaire et de la cohésion leur donne une place spécifique aux côtés de la FHF qui peut, dans un autre registre, s’appuyer sur la voix politique de ses administrateurs pour exercer le lobbying attendu d’une fédération professionnelle.

En choisissant d’afficher collectivement leur ambition pour 2040, les CHU, malgré les incertitudes nationales et internationales, l’extrême tension budgétaire et financière, les questions d’attractivité, de démographie, de révolution technologique et d’intelligence artificielle, démontrent non seulement leur mobilisation pour relever ces défis, mais surtout leur capacité à se projeter avec confiance dans l’avenir.

Il n’est pas étonnant que l’Association des directeurs d’hôpital se soit en quelque sorte placée « dans la roue » de ces Assises en retenant comme thème de ses journées des 12 et 13 mars 2026 : « Quel hôpital, quel système de santé en 2050 ?  Un défi dès aujourd’hui », soulignant ainsi l’intérêt d’une stratégie pluriannuelle, mais tout en estimant qu’il fallait un horizon temporel autour de 10 ans sur les grands principes, et un horizon de cinq ans pour les traduire en actions.

En mai 2023, Jacques Attali s’inquiétait, sous le titre Penser ce que pourrait devenir la France dans 25 ans, de l’extraordinaire impréparation de la Nation, et plus largement de l’Europe, à la maîtrise des enjeux du long terme : « Un pays, comme une entreprise, une famille ou une personne, ne peut rien construire de grand ni d’exaltant, ni de sérieux, ni de consensuel, ni d’empathique s’il ne pense pas à ce qu’il ou elle peut devenir dans le long terme. » Sous le label France 2030, on ne trouve qu’un plan d’investissement, mais rien pour penser les autres dimensions du pays en 2030, et encore moins en 2040 ou 2050. Ce constat sans concession d’une absence de stratégie à moyen et long termes s’est matérialisé en octobre 2025 dans un ouvrage collectif : France 2040, fragments d’avenir, préfacé par Edgar Morin. Ce dernier y développe un argumentaire des plus pessimistes, fondé sur sa longue expertise de centenaire. Selon lui, penser le monde de 2040 est strictement impossible. Ce qui nous attend, c’est l’emballement, c’est-à-dire l’accélération incontrôlable de phénomènes interdépendants aux conséquences potentiellement monstrueuses. Penser et agir dans l’incertitude devrait être la priorité. Mais alors, peut-on, doit-on penser à ce que la France sera devenue dans 15 ans ? La réponse est évidemment oui. Même si les incertitudes sont légion et la probabilité est grande de la survenue d’un évènement majeur d’ici à 2040, la seule manière de les apprivoiser est bien de penser les différents scénarios du long terme.

Notre dossier reprend les principaux thèmes abordés et les propositions formulées lors des interventions et tables rondes qui ont ponctué ces deux journées nantaises pour bâtir la feuille de route pour 2040 des CHU, qui montrent ainsi à la fois leur place incontournable et leur volonté de maîtrise des incertitudes : anticiper, imaginer, ne pas subir !

19es Assises nationales hospitalo-universitaires

Les 19es Assises hospitalo-universitaires se sont déroulées à Nantes les 27 et 28 novembre 2025.  Elles ont été ouvertes par Johanna Rolland, maire de Nantes, Philippe El Saïr, directeur général du CHU de Nantes et président de la Conférence nationale des directeurs généraux de CHU, le Pr Isabelle Laffont, présidente de la Conférence nationale des doyens des facultés de médecine, le Pr Rémi Salomon, président de la Conférence des présidents de CME de CHU, le Pr Vincent Lisowski, président de la Conférence nationale des doyens des facultés de pharmacie, le Pr Assem Soueidan, doyen d’odontologie au pôle Santé de l’université de Nantes et représentant de la Conférence nationale des doyens des facultés d’odontologie, ainsi que Fabienne Darcet, présidente de la Conférence nationale des enseignants en maïeutique.

En ouverture, Johanna Rolland a appelé à repenser le financement de la santé afin de sortir d’une logique de restriction guidée par l’Ondam tandis que Philippe El Saïr a mis en avant les enjeux de souveraineté sanitaire et la nécessité d’une mobilisation collective face aux crises, dans l’esprit de la déclaration commune portée par France Universités, l’Inserm et les CHU.

Isabelle Laffont a plaidé pour davantage d’agilité et pour une approche territoriale du système de santé. Rémi Salomon a rappelé le rôle essentiel des CHU dans l’innovation et la formation et Fabienne Darcet a exprimé son inquiétude face à la progression des vulnérabilités et à la complexification des situations rencontrées.

Vincent Lisowski a insisté sur la nécessité d’une unité renforcée pour répondre aux profondes transformations du secteur. Enfin, Assem Soueidan a souligné l’importance d’un maillage territorial solide pour lutter contre les inégalités en matière de santé.

Tous ces intervenants ont convergé sur un point central : la nécessité de renforcer l’attractivité des métiers de la santé. Pour y parvenir, ils ont mis en avant plusieurs leviers, parmi lesquels la valorisation des carrières, la qualité des formations, la sécurisation des conditions d’exercice et le renforcement du collectif de travail.

Cette session inaugurale s’est conclue par l’intervention de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Elle a salué la capacité des conférences hospitalo-universitaires à se rassembler ainsi que la solidité et la résilience du modèle hospitalo-universitaire français. La ministre a néanmoins reconnu les difficultés persistantes en matière d’attractivité, malgré les mesures récemment adoptées. Parmi les pistes à poursuivre, elle a notamment évoqué l’examen prochain de la question des astreintes hospitalo-universitaires. Elle a également rappelé le rôle de la recherche comme levier d’attractivité et annoncé le regroupement de la recherche et de l’innovation numérique en santé au sein du ministère de la Santé, avec la création d’une direction dédiée au pilotage de la santé par la donnée. Selon elle, la souveraineté sanitaire dépend étroitement de la capacité du pays à innover.

Interventions et tables rondes se sont ensuite poursuivies jusqu’à la fin de la journée autour de trois sessions consacrées aux ruptures médicales et scientifiques, aux ruptures démographiques et à la métamorphose de la relation au travail.

Le lendemain, 28 novembre, la journée s’est articulée autour de trois nouvelles sessions : un modèle hospitalo-universitaire au service des territoires, des CHU qui inventent la médecine de demain, et un modèle hospitalo-universitaire au service de la souveraineté de la France et de l’Europe.

En fin d’après-midi, Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, a souligné l’importance de partager une vision prospective des enjeux de soin, d’enseignement et de recherche autour des CHU. Il a rappelé que la formation et la recherche constituent des leviers essentiels pour accompagner la transformation du système de santé et que, pour relever ces défis, le monde du soin et celui de l’enseignement supérieur et de la recherche doivent avancer de concert.

Quatre jeunes témoins – le Pr Laure Elkrief, professeur d’hépatologie et vice-présidente de la CME du CHU de Tours, Jean-François Medelli, directeur d’hôpital au CHU de Nantes, le Pr Philippe Codron, professeur de neurologie au CHU d’Angers, et Marlène Lapeyre, directrice d’hôpital au CHU de Rennes – avaient été invités à apporter leur éclairage en fin de chaque journée. 

Les 19es Assises nationales hospitalo-universitaires ont été clôturées par Philippe El Saïr, directeur général du CHU de Nantes, le Pr Isabelle Lafont, présidente de la Conférence nationale des doyens des facultés de médecine, et le Pr Rémi Salomon, président de la Conférence nationale des présidents de CME de CHU.

Philippe El Saïr, directeur général du CHU de Nantes et président de la Conférence nationale des directeurs généraux de CHU, a accueilli à Nantes l’édition 2025 des Assises hospitalo-universitaires.

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Discours ministériel

Discours d’accueil

 

 

La rédaction remercie sincèrement Florence Baguet,
Alice Caillon et Jacques Ferrand pour la synthèse
des Assises 2025 présentée dans ce dossier.