La fatigue est de moins en moins occultée dans le discours hospitalier. Les auteurs proposent ici d’expliquer ce dévoilement par les évolutions de la rhétorique employée, qui a transformé la fatigue de faille en blessure et le travailleur fatigué en combattant vaincu de la cause collective.
Les attentes de reconnaissance subséquentes, insatisfaites, peuvent conduire à un sentiment d’injustice.
La fatigue est omniprésente dans le discours des personnels hospitaliers, qu’il s’agisse d’échanger sur le cas d’un patient, d’émettre pour soi-même une plainte médicale ou psychologique ou une revendication sociale, ou encore d’ouvrir ou d’entretenir une conversation quotidienne. Les origines religieuses de la profession infirmière ont souvent été mises en avant(1), et le vocabulaire soignant conserve d’innombrables termes qui, aujourd’hui laïcisés, ont d’abord eu une acception religieuse : vocation, service, garde… C’est vers la sémantique militaire que le discours sur la fatigue invite à porter le regard – en raison, d’abord, de la contamination des conversations quotidiennes par le management contemporain, qui puise abondamment dans le vocabulaire stratégique et militaire, ensuite des racines que le soin et l’organisation du système hospitalier puisent dans la médecine de guerre et, plus anciennement encore, dans les ordres de moines-soldats, tels ceux de Saint-Jean de Jérusalem (dit « ordre des Hospitaliers ») ou des Chevaliers teutoniques(2). De la faille à la blessure La fatigue est devenue plus fréquente dans les ...
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