Numéro 645 - avril 2025[dossier]

La santé au-delà des frontières

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Modèles et défis

Pour ce dossier d’avril, Gestions hospitalières a souhaité explorer les organisations et initiatives du monde de la santé au-delà des frontières, en Europe et ailleurs, car la plupart des pays développés sont confrontés aux mêmes défis, et donc tous à la recherche de solutions. D’où l’intérêt de regarder ce que font nos voisins sans ignorer leurs spécificités, de parangonner, de voyager et récolter, de se comparer… Il n’est pas étonnant que, au-delà des bourses et programmes Erasmus, l’École des hautes études en santé publique (EHESP) favorise les stages internationaux, pour les étudiants qui poursuivent une formation d’au moins une année à l’école, en leur offrant la possibilité d’effectuer un stage de 1 à 6 mois à l’étranger. Moments forts dans le parcours, ces stages permettent d’appréhender les questions sanitaires et sociales du pays d’accueil, de se familiariser avec un cadre de référence local nouveau, de contribuer à un projet de recherche ou de coopé­ration institutionnelle, d’affiner son projet professionnel et d’élargir son réseau et enfin d’échanger avec des professionnels et de mettre en pratique ses connaissances avec la réalité du terrain. En 2023, un forum international organisé à l’EHESP a permis aux élèves partis ainsi en stage de restituer leur expérience et de la partager avec les tuteurs, les professeurs et les nouvelles promotions.

Parallèlement, la coopération hospitalière internationale développée par les établissements de santé, en application de l’article L. 6134-1 du Code de la santé publique, est encouragée. Elle joue un rôle clé, au carrefour de la réponse apportée aux questions prioritaires en santé et de la valorisation de l’excellence française. Le contexte sanitaire mondial justifie ces échanges (évolution démographique, vieillissement et déplacement des populations, demande croissante de soins dans les pays émergents, transition épidémiologique, transformations majeures, climatiques et géopolitiques). La communauté internationale fait face à de nouveaux défis auxquels elle tente d’apporter des réponses. Mieux se préparer et répondre aux urgences de santé publique et aux conséquences du changement climatique, dans une approche « une seule santé », suppose une connaissance réciproque. L’un des premiers effets négatifs de la pandémie de Covid-19 et des mesures sociales et de santé publique mises en place par les autorités sanitaires est rapidement devenu visible, en particulier aux frontières. La pandémie a en effet entraîné des fermetures et des contrôles aux frontières, perturbant les mouvements transfrontaliers des soins de santé, des produits médicaux et pharmaceutiques, ainsi que des denrées alimentaires et des fournitures de base. Elle a également semé la confusion et la défiance, mais aussi montré la nécessité absolue de la coopération.

En Allemagne, la réforme des hôpitaux adoptée fin 2024 vise à « garantir des soins hospitaliers de qualité pour tous dans une société vieillissante », pour reprendre la formulation du ministre fédéral de la santé Karl Lauterbach, par exemple en répondant aux attentes concernant « l’hôpital en milieu rural, les maternités à des distances accessibles, une prise en charge rapide en cas d’urgence et une excellente qualité pour les interventions complexes ». Les points clés de la réforme sont l’ajustement de l’actuel système de tarification à l’acte vers plus de dotations, l’établissement de critères de qualité précis pour être affecté à un « groupe de prestations ». Ces critères devront être définis de façon uniformisée sur l’ensemble du territoire. Ces prestations seront désormais réalisées seulement dans les établissements qui disposent de l’équipement technique adapté et du personnel dûment formé. Voilà qui ressemble étrangement à nos problématiques et réflexions : maîtrise des coûts, vieillissement de la population, perte d’attractivité, démographie soignante, pertinence, coopération… Il y a naturellement des différences mais qui, progressivement, deviennent secondaires. L’Allemagne est construite sur un modèle fédéral, les Pays-Bas ont une population dense et répartie de façon homogène, entre modèles bismarckien et beveridgien, d’État-providence, le poids des constructions historiques demeure… De fait, les organisations de santé doivent constamment évoluer en lien avec les progrès de la médecine et de la prévention, les besoins des populations. Il est nécessaire aussi de changer et d’adapter régulièrement les modes de rémunération des établissements et professionnels qui, avec le temps, dérivent et s’éloignent de leurs objectifs initiaux en développant des effets délétères.

Au fil des pages suivantes, après une étape transfrontalière en Cerdagne, nous cheminerons dans l’Europe des ressources humaines soignantes, vers le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Québec, le Maroc, avant d’ouvrir la page du futur avec l’Arab Health Forum de Dubaï et l’intégration de technologies digitales et robotiques pour améliorer la qualité des services de santé. À travers leurs contributions, les auteurs de ce dossier nous ouvrent des voies. À nous de les saisir !

Jean-Michel Budet
Directeur de la rédaction
Gestions hospitalières