Numéro 614 - mars 2022dossier

Enseigner

Déjouer les biais de jugement en situation d’incertitude ?

Affronter l’incertitude dans l’action est le lot de tout un chacun, dans sa vie personnelle comme dans sa vie professionnelle : de nombreuses informations manquent, le temps presse et repousser à plus tard l’action n’est très souvent pas possible. Laurent Dehouck développe ici son intervention donnée aux Assises. Il présente d’abord quelques expériences pour éprouver la réalité des biais cognitifs dans la prise de décision en incertitude, développe la stratégie cognitive de l’apprentissage pour s’en défaire et enfin expose l’alternative qui consiste à les prendre en considération pour bâtir des architectures de décision à l’avantage des décideurs.

L’étude scientifique des comportements en situation d’incertitude a été menée depuis longtemps par de nombreuses disciplines − économie, psychologie, sociologie, philosophie, sciences de gestion… − et dans des contextes variés. Ces recherches sont aujourd’hui souvent regroupées dans le programme des sciences de la décision et des sciences comportementales. Les résultats originaux obtenus par les chercheurs ont parfois été récompensés par le prix Nobel le plus proche, celui d’économie. On peut citer ainsi Herbert Alexander Simon (1978), Daniel Kahneman (2002), Richard Thaler (2017)… Le résultat principal de ces travaux peut être résumé en quelques mots : l’intuition vient en premier, le raisonnement ensuite. Cette idée est souvent présentée par Daniel Kahneman via la métaphore du « système 1 » et du « système 2 » pour expliquer le fonctionnement de notre cerveau(1). Le système 1 est automatique, sans effort, rapide et inconscient ; c’est celui de l’intuition. On l’éprouve, par exemple, lorsqu’on croise un policier et que, sans raison, une angoisse, des sueurs froides nous saisissent. Il nous permet aussi ...

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