Numéro 522 - janvier 2013dossier

Réflexion

L’éthique face aux conflits d’intérêts de la recherche pharmaceutique

Les récentes polémiques ayant suivi la gestion de la grippe H1/N1 par l’OMS et ses experts, jugés parfois trop proches des fabricants d’antiviraux ou de vaccins, ou plus récemment par les affaires concernant l’ancien directeur exécutif de l’Agence européenne du médicament, Thomas Lönngren, qui a lancé sa propre entreprise de consulting, ainsi que le Médiator, ont mis en avant de nouveaux problèmes éthiques concernant les conflits d’intérêts entre l’industrie pharmaceutique et les experts scientifiques chargés d’évaluer l’impact des médicaments. Faut-il interdire ou gérer les conflits d’intérêts dans le domaine sanitaire ? Sont-ils inéluctables à toute recherche clinique de pointe ? Peut-on se priver de la parole d’un expert à la compétence reconnue sous prétexte qu’il n’est pas complètement indépendant, en particulier auprès de l’industrie pharmaceutique ? Vaut-il mieux un expert hautement qualifié en partie associé au privé ou un expert moins reconnu dépendant entièrement d’un financement public ?

Selon la majorité des experts, une indépendance totale n’existe pas, du fait que tout le monde est confronté à des conflits d’intérêts de tout ordre: moral, financier, intellectuel, politique. Dans tous les pays, le pourcentage des experts déclarant des liens avec l’industrie est de 60 à 80 %. En Grande-Bretagne, où ces liens sont publiés en détails, deux tiers des experts ont des relations avec l’industrie (1). Un expert clinique sans quelques filiations avec l’industrie pharmaceutique n’est tout simplement pas un expert, du fait qu’il ne peut y avoir de la recherche de pointe et donc des chercheurs de « haut niveau », sans moyen et ressource conséquent apporté majoritairement par le secteur privé. La vraie question n’est donc pas de savoir comment les supprimer mais plutôt comment faire avec et savoir lesquels vont compter. En d’autres termes, il faut pouvoir distinguer conflits majeurs et conflits mineurs. Or, la limite entre les deux n’est pas évidente. Si éliminer totalement les conflits d’intérêts relève de l’utopie, que faire pour éviter leur influence afin d’assurer la compétence, l’indépendance et l’intégrité des ...

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