Quatrième dossier consacré à la transition écologique en santé (TES) dans ces colonnes depuis novembre 2019 : soit mes tentatives d’intimidation auprès du comité de rédaction ont enfin porté leurs fruits, soit – comme en témoignent les quelque 109 candidats au dernier Prix TES de la FHF –, le sujet a définitivement cessé d’être optionnel.
L’histoire de la transition écologique du système de santé ne commence bien sûr pas en 2019 mais si l’on prenait le parti d’affubler chaque dossier publié par cette revue, et par extension chaque période révolue, du titre d’une (autre) saga à succès :
- le dossier de novembre 2019 pourrait représenter l’« Hésitation » du secteur sur les années antérieures : des actions nombreuses mais dispersées, une cruelle absence des pouvoirs publics et toujours une certaine frilosité à s’engager pleinement ;
- celui de janvier 2022 incarnerait la « Tentation » : par la première publication des chiffres du Shift Project fin 2021, la montée en puissance des soins écoresponsables (blocs, maternités…), les premiers enseignements à l’EHESP et la structuration des démarches en établissement ;
- celui de janvier 2024, la « Révélation », avec, notamment, la prise de conscience des chiffres du Shift Project, les premières utilisations de la réglementation comme levier, la publication de la feuille de route nationale de planification écologique du système de santé (PESS), l’outillage des établissements par l’Anap, les premières actions des ARS, la mise à jour des 50 propositions de la FHF, la création du réseau des CTEES, la création du Ceres en 2022 et l’engagement des sociétés savantes ;
- et, aujourd’hui, la « Fascination » : des actions nationales d’ampleur, nécessaires et qui bousculent (transport sanitaire partagé, remise en bon état d’usage des DM à usage individuel, expérimentations autour des médicaments non utilisés et du retraitement des DMUU…), la publication de la méthodologie d’évaluation de l’empreinte carbone du médicament, plus de 150 CTEES en poste et un nouvel appel à manifestation d’intérêt en cours, la mise en ligne du Centre national des ressources sur la transition écologique de l’Anap et sa myriade d’outils pour tous les usages, des référentiels co-écrits par les sociétés savantes pour les soins écoresponsables, des démarches structurées qui se multiplient en établissement et lient parfois les acteurs d’un même territoire (ARS, Omedit, GHT, ESMS, collectivités, agences de l’eau…), et une mise à jour très attendue de la feuille de route PESS.
Il y a donc de quoi être optimiste ! À moins que les soubresauts et la pusillanimité politiques en la matière ne nous conduisent à nouveau à la case « Hésitation » et au « Crépuscule » d’un sujet qui anime pourtant de plus en plus de professionnels ?
Mais sortons de cette Twilight zone et voyons le contenant-d’eau-impropre-à -la-consommation-humaine-réutilisée(1) à moitié plein.
Les contributeurs à ce dossier, que je remercie, proposent plusieurs points d’étape sur les enjeux actuels et leur participation à cet engagement collectif : mise à jour de la feuille de route PESS par la DGOS, nouveaux chiffrages du Shift Project des émissions de gaz à effet de serre des produits de santé (principal poste d’émission du secteur), rôle déterminant des sociétés savantes et du Ceres, derniers outils et publications de l’Anap, structuration de nouvelles formations à l’EHESP, rôle clé des directeurs des soins, exemple d’une politique régionale très ambitieuse et territorialisée avec l’ARS Normandie, retours d’expérience étrangers… Nous espérons que ces actualités vous convaincront que la transition écologique du système de santé se poursuit, encore trop lentement certes, mais avec des acteurs déterminés.
Car les chantiers sont immenses : indicateurs nationaux à construire, financements insuffisants, adaptation au changement climatique, gestion contrainte des ressources et des approvisionnements, pérennité du portage des démarches et des politiques, sobriété et pertinence des soins à ériger en culture, rôle central de la santé environnementale ; la transition écologique du système de santé n’est plus qu’une question de volonté mais une question de méthode, de mesure, de choix et de passage à l’échelle.
Pour conclure, et en hommage à deux grands auteurs, faisons tous en sorte que « les grandes espérances » ne se transforment pas en « illusions perdues ».
Rudy Chouvel
Docteur en droit public, directeur d’hôpital, professeur affilié à l’EHESP
(1) Décret n°2024-796 du 12 juillet 2024…

