Numéro 521 - dĂ©cembre 2012[dossier]

Performance

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En 2001, la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) a placĂ© la notion de performance au rang des principes qui gouvernent l’action publique. LancĂ©e dĂšs 2002 Ă  l’initiative du prĂ©sident de la RĂ©publique, la rĂ©vision gĂ©nĂ©rale des politiques publiques (RGPP) visait l’amĂ©lioration concrĂšte de la performance de l’administration. Rendre l’administration plus performante Ă©tait jugĂ© un gage Ă  la fois de meilleur service rendu aux usagers, de dĂ©penses mieux maĂźtrisĂ©es et de meilleures conditions de travail pour les agents. Cela constituait les trois engagements fondateurs de la RGPP (1). La RGPP a fait naĂźtre un mouvement de rĂ©forme durable, qui reposait sur la mobilisation de tous les agents publics : entre 2007 et 2011, plus de 500 mesures de modernisation ont Ă©tĂ© mises en chantier.

À l’occasion du 6e Conseil de modernisation des politiques publiques en dĂ©cembre 2001, le gouvernement a dressĂ© un bilan exhaustif et positif de dix ans de RGPP en s’attachant Ă  illustrer le respect des trois engagements poursuivis. Ce bilan volontairement positif a dĂ» ĂȘtre relu de façon plus critique Ă  l’occasion de l’alternance politique de 2012 avec la commande le 6 juillet 2012 par le Premier ministre aux trois inspections gĂ©nĂ©rales interministĂ©rielles (finances, administration, affaires sociales) d’un rapport portant sur le bilan de la RGPP et les conditions de rĂ©ussite d’une nouvelle politique de rĂ©forme de l’État.

Le rapport, remis en septembre 2012 (2), fait apparaĂźtre que la RGPP a essentiellement consistĂ© Ă  rechercher des Ă©conomies budgĂ©taires rapides, la rĂšgle de non-remplacement d’un dĂ©part Ă  la retraite sur deux prenant le pas sur les autres objectifs de rĂ©formes des politiques publiques. Une grande partie des mesures de la RGPP a portĂ© sur des restructurations et des rationalisations de services et de processus, alors qu’aucune rĂ©flexion n’était parallĂšlement menĂ©e sur le pĂ©rimĂštre des missions de l’État. L’approche de la RGPP a Ă©tĂ©, en outre, limitĂ©e Ă  l’État, sans analyse des politiques partagĂ©es avec les collectivitĂ©s territoriales et les organismes de protection sociale.

S’agissant de la mĂ©thode mise en Ɠuvre par la RGPP, le rapport relĂšve que l’absence de concertation des acteurs des politiques, des agents publics, des organisations syndicales et des usagers n’a pas permis la prĂ©paration et la conduite de vĂ©ritables rĂ©formes de fond. Il souligne aussi une conduite du changement dĂ©faillante, l’absence d’accompagnement des rĂ©formes par une gestion adaptĂ©e des ressources humaines et une communication « stigmatisante » Ă  l’égard des agents publics. En termes de mĂ©thode et de gouvernance, le rapport prĂ©conise le maintien d’un pilotage interministĂ©riel fort, tout en redonnant aux ministres la pleine responsabilitĂ© des rĂ©formes dont ils seront porteurs. Enfin, la mission recommande de veiller Ă  associer le Parlement et les collectivitĂ©s territoriales, les partenaires sociaux et les agents publics, ainsi que les usagers du service public.

En s’appuyant sur les recommandations de la mission, le gouvernement a dĂ©cidĂ© d’engager une nouvelle politique de modernisation de l’action publique (MAP) qui, selon ses termes, rompt rĂ©solument avec la stratĂ©gie de court terme et la mĂ©thode aveugle de la RGPP. Le projet de modernisation de l’action publique devra ĂȘtre Ă©troitement articulĂ© avec la nouvelle Ă©tape de dĂ©centralisation, pour une efficacitĂ© renforcĂ©e de l’action publique et une meilleure organisation des compĂ©tences entre l’État et les collectivitĂ©s territoriales. Naturellement, la gestion hospitaliĂšre n’a pas Ă©chappĂ© Ă  ces dĂ©marches Ă  travers l’action quotidienne des Ă©tablissements, l’engagement de l’Agence nationale d’appui Ă  la performance (Anap), dĂ©veloppĂ© dans ce dossier, ou la dĂ©marche de modernisation des achats. Au-delĂ  des dĂ©bats idĂ©ologiques suscitĂ©s par la RGPP, de l’évolution de la terminologie conduisant Ă  la MAP, il est Ă©vident que les objectifs de performance demeurent pertinents dans la phase critique que traversent aujourd’hui l’économie nationale et les finances publiques. Les dĂ©bats resteront nourris autour de la place et du rĂŽle des consultants, du rĂŽle moteur des Ă©lites administratives fort bien dĂ©crites par Luc Rouban dĂšs 2010 (3), et du pĂ©rimĂštre du service public.

Notes
(1) www.fonction publique.gouv.fr
(2) www.ladocumentationfrancaise.fr
(3) Revue française d’administration publique, n°136, pp. 865-879.