Numéro 650 - novembre 2025[dossier]

GHT, levier de transformation pour l’avenir des territoires

Temps de lecture : 11 minutes

GHT : acte 2 ou saison 4 ?

Huit ans aprĂšs la crĂ©ation des groupements hospitaliers de territoire (GHT), il convient de saluer l’initiative prise par les ConfĂ©rences de prĂ©sidents de commission mĂ©dicale d’établissements (PCME) de centres hospitaliers (CH) et de centres hospitaliers universitaires (CHU) d’organiser Ă  Lille, les 14 et 15 novembre 2024, les 1res JournĂ©es nationales des GHT.

L’objectif d’afficher une nouvelle ambition pour les groupements aprĂšs en avoir dressĂ© un bilan critique, analysant forces et faiblesses, est atteint par le franc succĂšs de ces journĂ©es qui devront en appeler d’autres pour concrĂ©tiser cette volontĂ© exprimĂ©e d’un acte 2 des GHT. Gestions hospitaliĂšres consacre ce dossier aux interventions et Ă©changes de cet Ă©vĂ©nement qui, Ă  dĂ©faut d’avoir conclu par une nouvelle feuille de route, a permis l’expression de l’ensemble des acteurs et, surtout, la prĂ©sentation des initiatives locales, notamment Ă  travers 44 contributions/posters, prouvant, qu’au-delĂ  des mots, il y avait du concret.

Pourquoi a-t-il fallu huit ans pour prendre cette initiative ? Sans doute cela correspond-il Ă  une certaine maturitĂ©, l’ñge de raison pour des organisations qui, aprĂšs avoir Ă©tĂ© instituĂ©es aux forceps, ont dĂ» se construire dans un contexte d’injonctions contradictoires et de tensions financiĂšres, dĂ©mographiques et sanitaires. Ce qui est devenu naturel pour les CHU qui organisent tous les deux ans leurs Assises hospitalo-universitaires, Ă  l’initiative alternĂ©e des directeurs gĂ©nĂ©raux, des prĂ©sidents de CME et des doyens, a demandĂ© un effort important, illustrant les enjeux de pouvoirs qu’engendre la montĂ©e en puissance des 136 GHT. L’absence de personnalitĂ© juridique des GHT n’a pas permis la mise en place d’une reprĂ©sentation autonome, Ă  l’instar de celles des CHU, des centres hospitaliers ou des Ă©tablissements de santĂ© mentale avec leurs ConfĂ©rences. Les marraines autour du berceau des GHT sont donc nombreuses, depuis les CHU liĂ©s par convention jusqu’à la FĂ©dĂ©ration hospitaliĂšre de France (FHF), toujours soucieuse de garder les uns et les autres dans sa « maison commune ». Ainsi, si la ConfĂ©rence des prĂ©sidents de CME de CHU a instituĂ© en son sein une commission territoire et celle des centres hospitaliers a dĂ©signĂ© un vice-prĂ©sident en charge des GHT, cela s’avĂšre plus dĂ©licat pour la reprĂ©sentation des directeurs de centres hospitaliers (CNDCH) et la FHF, qui doivent composer avec l’autonomie des 1 329 hĂŽpitaux publics.

Retrouvez ici le programme des 1res journées des GHT

 

L’évaluation des GHT

Il apparaĂźt clairement qu’aprĂšs une phase trĂšs active, la mise en Ɠuvre de la rĂ©forme des GHT a connu un faux plat et un moindre enthousiasme qui conduit aujourd’hui Ă  espĂ©rer une nouvelle Ă©tape. Il faut attribuer cela Ă  la forte instabilitĂ© ministĂ©rielle, qui conduit inĂ©vitablement Ă  l’espoir­ de chacun d’imprimer sa marque souvent en dĂ©calage avec ses prĂ©dĂ©cesseurs. Neuf ministres se sont succĂ©dĂ© depuis 2017, alors que Marisol Touraine, Ă  l’initiative des GHT, avait pu s’inscrire dans la durĂ©e d’un quinquennat. AprĂšs un dĂ©marrage en marche forcĂ©e (obligation, calendrier) et une phase d’accompagnement et de suivi, les GHT sont ainsi entrĂ©s dans le paysage avec quelques relances dans le cadre du programme « Ma santĂ© 2022 », concrĂ©tisĂ©es le 24 juillet 2019 par l’adoption de la loi relative Ă  l’organisation et Ă  la transformation du systĂšme de santĂ© ou avec l’article 25 de la loi du 27 dĂ©cembre 2023 visant Ă  amĂ©liorer l’accĂšs aux soins par l’engagement territorial des professionnels instaurant un droit d’option pour doter les GHT de la personnalitĂ© morale. Cependant, les GHT ont poursuivi leur ancrage et fait l’objet de rapports successifs de l’Inspection gĂ©nĂ©rale des affaires sociales (Igas) et de la Cour des comptes.

En 2019, l’Igas a ainsi Ă©tabli un bilan d’étape des GHT, trois ans aprĂšs leur constitution, avec quatre axes d’investigation : leur pĂ©rimĂštre gĂ©ographique et leur composition institutionnelle ; le fonctionnement de leur gouvernance ; les modalitĂ©s d’élaboration, le contenu et la portĂ©e des projets mĂ©dicaux partagĂ©s (PMP) ; leur traduction dans la mutualisation des ressources hospitaliĂšres. Il Ă©tait Ă©galement demandĂ© d’apprĂ©cier la dynamique des GHT au regard des deux objectifs que leur fixait la loi de 2016 : la gradation des soins pour un accĂšs Ă©gal Ă  des soins de qualitĂ© et sĂ©curisĂ©s, et la rationalisation des modes de gestion. Au-delĂ , la mission a proposĂ© deux scĂ©narios, un de court terme ancrĂ© sur la proximitĂ©, un second de moyen terme reposant sur un GHT personne morale unique (Ă©tablissement public de santĂ© territorial).

En 2024, la Cour des comptes, Ă  l’occasion de son rapport pour la mission d’évaluation et de contrĂŽle des lois de financement de la sĂ©curitĂ© sociale, a dressĂ© un nouveau bilan nĂ©gatif des GHT, assorti de 21 recommandations. La Cour a considĂ©rĂ© qu’il Ă©tait vain d’attendre­ des GHT qu’ils rĂ©solvent tous les problĂšmes de notre systĂšme soins (« le serpent de mer de la dĂ©mographie mĂ©dicale et de sa rĂ©partition sur le territoire, la problĂ©matique de l’attractivitĂ© de l’hĂŽpital public, les insuffisances de la politique de santĂ© publique »), mais ce regard trĂšs critique invitait surtout Ă  une Ă©valuation approfondie des rĂ©sultats des GHT, Ă  un « tour de France » des coopĂ©rations, Ă  privilĂ©gier la proximitĂ© et le principe de subsidiaritĂ©. De fait, la politique hospitaliĂšre n’échappe pas au constat gĂ©nĂ©ral de la difficultĂ© ancienne Ă  mettre en Ɠuvre une Ă©valuation systĂ©matique des politiques publiques.

L’illusion du bouclier

La FHF et les ConfĂ©rences de directeurs et de prĂ©sidents de CME ont souhaitĂ© et accompagnĂ© la mise en place des GHT, comme elles avaient soutenu en 2004 la mise en place de la tarification Ă  l’activitĂ©, dans laquelle elles voyaient un moyen de stimulation de l’activitĂ© et de reconquĂȘte. Il faut situer cet engagement dans la continuitĂ© du discours portĂ© notamment par Claude Evin, ancien ministre et prĂ©sident de la FHF, et traduit dans la plateforme de la FĂ©dĂ©ration en 2006 par l’expression « bouclier de service public ». Position que l’on peut juger offensive ou dĂ©fensive des Ă©tablissements publics qui entendent ainsi d’une part se positionner dans l’organisation de l’offre de santĂ© en garants de son accessibilitĂ© sociale et gĂ©ographique, d’autre part rĂ©sister Ă  l’objectif de rĂ©duction de la part hospitaliĂšre dans la dĂ©pense de santĂ© et au risque de dĂ©lĂ©gation au secteur privĂ© de missions jusqu’alors sous monopole. Dans sa plateforme de propositions pour 2017-2022, la FHF va jusqu’à porter ce slogan : « Le service public ne se nĂ©gocie pas, ne se choisit pas, ne se dĂ©coupe pas. » Ce mĂȘme document fait du dĂ©ploiement des GHT une prioritĂ©, considĂ©rant que « la mise en Ɠuvre des GHT est une rĂ©forme majeure pour le systĂšme de santĂ©, pour laquelle la FHF a longtemps ƓuvrĂ© en appelant Ă  l’émergence d’une stratĂ©gie de groupe public ». À l’heure des bilans, il n’est pas certain que la digue ait tenu, et le bouclier tend plutĂŽt Ă  ressembler Ă  la ligne Maginot : les travaux de la Drees montrent que les capacitĂ©s d’accueil ont continuĂ© Ă  diminuer, que la situation financiĂšre s’est dĂ©gradĂ©e ainsi que l’attractivitĂ© aprĂšs la parenthĂšse Covid. Dans le mĂȘme temps, la charge de la permanence des soins n’a fait que croĂźtre et la financiarisation du secteur privĂ© a contribuĂ© Ă  dĂ©stabiliser l’offre dans plusieurs spĂ©cialitĂ©s (biologie, imagerie, ophtalmologie
), comme l’ont montrĂ© en septembre 2024 les conclusions de la mission d’information du SĂ©nat sur la financiarisation de l’offre de soins, dĂ©bouchant notamment sur une proposition de loi visant Ă  crĂ©er un schĂ©ma d’organisation et d’implantation des activitĂ©s d’imagerie mĂ©dicale, qui serait dĂ©fini par les agences rĂ©gionales de santĂ© (ARS). Le dĂ©veloppement de ces groupes privĂ©s repose sur leur capacitĂ© Ă  rĂ©aliser des investissements massifs et des opĂ©rations d’intĂ©gration, permettant une croissance externe trĂšs dynamique. De fait, les GHT ne rĂ©pondent que trĂšs partiellement Ă  la dĂ©finition d’une stratĂ©gie de groupe telle qu’elle est conçue par les groupes financiers et les cliniques privĂ©es (les quatre plus grands groupes dĂ©tiennent plus de 40 % du marchĂ© des cliniques) ou mĂȘme par Unicancer, en fĂ©dĂ©rant nationalement les centres de lutte contre le cancer. Ce constat est aggravĂ© par la forte hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des 136 GHT quant au nombre des Ă©tablissements qui les composent (2 Ă  20), aux territoires qu’ils desservent (100 000 habitants Ă  2,5 millions) et aux masses budgĂ©taires (100 millions Ă  2 milliards) engagĂ©es pour chacun.

De leur cĂŽtĂ©, les pouvoirs publics ont vu dans cet appĂ©tit des hospitaliers publics pour les GHT une opportunitĂ© de transfĂ©rer une partie du trousseau des clĂ©s de la restructuration publique aux acteurs eux-mĂȘmes, tout en leur fixant cadre et feuille de route dans un contexte financier contraignant. À la communautĂ© hospitaliĂšre publique dĂ©sormais de gĂ©rer collectivement ses moyens financiers et humains dans chaque GHT et avec le CHU partenaire obligatoirement associĂ©. Ainsi, les GHT peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme un moyen de poursuivre, d’amplifier une trajectoire de recomposition en passant le relais, l’État reconnaissant ainsi implicitement, sous le masque de la mise en Ɠuvre du principe de subsidiaritĂ©, ses limites. À lui l’observation, l’évaluation et l’adaptation du cadre, aux opĂ©rateurs la responsabilitĂ© de l’action. Pour reprendre la formule figurant sur le bureau du prĂ©sident Truman, on pourrait inscrire au fronton de l’hĂŽpital support du GHT : The buck stops here ! (« La responsabilitĂ© commence ici. »)

Il n’est pas anodin dans ce contexte de voir une ARS menacer d’émettre « un avis dĂ©favorable » au renouvellement des contrats des directeurs de trois hĂŽpitaux publics d’un GHT en raison d’une collaboration jugĂ©e « insuffisante » entre les services des urgences.

Les injonctions contradictoires

Le dĂ©ploiement des GHT n’a pas mis fin aux multiples injonctions contradictoires que subissent les Ă©tablissements de santĂ©. Trois points mĂ©ritent attention : la tarification, le lien au territoire, la simplification.

  • La course Ă  l’activitĂ© nĂ©e de la T2A, dans laquelle l’augmentation du volume se traduit automatiquement par une baisse des tarifs, ne pouvait que laisser sur le bord de la route ceux qui ne disposaient ni des ressources internes ni du potentiel populationnel pour concourir. L’insistance de la communautĂ© publique pour aller vers les GHT et changer le modĂšle de tarification en attĂ©nuant la part de la T2A venait de l’espoir de sortir d’une compĂ©tition mortifĂšre entre Ă©tablissements publics. La rĂ©ussite des GHT repose sur une Ă©volution radicale du mode de rĂ©munĂ©ration qui permette de sortir du schĂ©ma de la mise en concurrence des partenaires du GHT.
  • Alors que l’ancrage municipal de l’hĂŽpital public s’est progressivement dĂ©litĂ© au cours des ans au profit de l’État et de ses reprĂ©sentants, le lĂ©gislateur n’a eu de cesse de mettre de plus en plus en exergue le territoire comme fondateur de la lĂ©gitimitĂ©. Le temps du maire de la ville d’implantation ordonnateur des dĂ©penses, prĂ©sident de droit du conseil d’administration, a laissĂ© la place Ă  une prĂ©sidence facultative d’un conseil de surveillance. Dans ce contexte, nombre d’élus locaux tendent Ă  considĂ©rer, tout en ayant un Ɠil attentif sur le niveau d’emploi, que l’hĂŽpital, et a fortiori le GHT, est l’affaire de l’État et des ARS. La gĂ©nĂ©ralisation des directions communes au profit des Ă©tablissements supports du GHT n’a fait que renforcer cet Ă©vitement.
  • Enfin, la complexification de la gouvernance des GHT s’inscrit Ă  l’opposĂ© du message de simplification, d’agilitĂ© distillĂ© par l’État. L’ordonnance de 17 mars 2021 relative aux GHT et Ă  la mĂ©dicalisation des dĂ©cisions Ă  l’hĂŽpital ainsi que les dĂ©crets n° 2021-675 et n° 2021-676 ont modifiĂ© les modalitĂ©s de gouvernance au sein des Ă©tablissements publics de santĂ© Ă  compter du 1er janvier 2022, avec l’objectif d’une plus grande intĂ©gration mais sans aller jusqu’à la simplification que constituerait la fusion des membres du GHT. Les avancĂ©es en la matiĂšre restent modestes ; par exemple, les GHT qui le souhaiteront pourront crĂ©er une commission mĂ©dicale de groupement unifiĂ©e qui se substituerait Ă  la commission mĂ©dicale de groupement et aux commissions mĂ©dicales de chaque Ă©tablissement partie au groupement, et en assurerait les missions et les attributions.

Top down ou bottom up ?

Dans le domaine de la santĂ©, deux approches de planification des soins et services semblent s’opposer : l’une populationnelle, l’autre institutionnelle. Elles relĂšvent de fait de deux logiques diffĂ©rentes quoique complĂ©mentaires. L’approche populationnelle relĂšve d’une logique mettant l’accent sur la demande, dans le but d’adapter les soins et services aux besoins de la population. L’approche institutionnelle adopte une logique axĂ©e sur l’offre et vise Ă  amĂ©liorer l’offre de soins et services en fonction des critĂšres de qualitĂ© et d’efficacitĂ©. Les GHT se trouvent dĂ©sormais confrontĂ©s Ă  cette dualitĂ©, notamment depuis l’affirmation affichĂ©e en 2017 de la FHF d’inscrire la responsabilitĂ© populationnelle au cƓur de son projet. Cette dĂ©marche, qui a fait l’objet d’une reconnaissance lĂ©gislative en 2019 et se traduit par des programmes cliniques Ă©laborĂ©s par l’ensemble des acteurs de santĂ© d’un territoire, a d’abord Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e au QuĂ©bec Ă  partir de 2003 dans le cadre de la rĂ©forme du systĂšme de santĂ© et services sociaux. L’article 20 de la loi du 24 juillet 2019 relative Ă  l’organisation et Ă  la transformation du systĂšme de santĂ© dispose ainsi que, dĂ©sormais, « l’ensemble des acteurs de santĂ© d’un territoire est responsable de l’amĂ©lioration de la santĂ© de la population de ce territoire ainsi que de la prise en charge optimale des patients de ce territoire ». Pour reprendre sa dĂ©finition quĂ©bĂ©coise, la responsabilitĂ© populationnelle implique l’obligation de maintenir et d’amĂ©liorer la santĂ© et bien-ĂȘtre de la population d’un territoire donnĂ© en rendant accessible un ensemble de services sociaux et de santĂ© pertinents, coordonnĂ©s, qui rĂ©pondent de maniĂšre optimale aux besoins exprimĂ©s et non exprimĂ©s de la population, en assurant l’accompagnement des personnes et le soutien requis et en agissant en amont sur les dĂ©terminants de la santĂ©.

Prochaine Ă©tape pour les GHT : acte 2 ou saison 4

La crĂ©ation et le dĂ©ploiement des GHT s’inscrivent dans un long processus de dĂ©veloppement des coopĂ©rations, d’abord hospitaliĂšres, ensuite Ă©largies Ă  l’ensemble de professionnels de santĂ©. Pour mĂ©moire, on peut citer chronologiquement les syndicats et groupements interhospitaliers, les conventions de coopĂ©ration, les groupements d’intĂ©rĂȘt Ă©conomique (GIE), d’intĂ©rĂȘt public (GIP), les communautĂ©s d’établissements, les groupements de coopĂ©ration sanitaire (GCS), les fĂ©dĂ©rations mĂ©dicales interhospitaliĂšres, les rĂ©seaux de santé 

Face Ă  cet empilement, l’Agence nationale d’appui Ă  la performance (Anap) et la Direction gĂ©nĂ©rale de l’offre de soins (DGOS) avaient publiĂ© en 2011 un guide mĂ©thodologique des coopĂ©rations territoriales, avec pour objectif d’aider les ARS et les Ă©tablissements de santĂ© et mĂ©dico-sociaux dans le choix et la mise en Ɠuvre des structures de coopĂ©ration. Les GHT constituent en ce sens une Ă©tape dĂ©cisive tout en s’additionnant Ă  d’autres outils prĂ©existants de coopĂ©ration, qui ont connu un succĂšs plus ou moins grand. Ils se substituent surtout aux communautĂ©s hospitaliĂšres de territoire (CHT) facultatives, peu mobilisatrices. Outre cette accumulation d’outils, une difficultĂ© supplĂ©mentaire dans la lisibilitĂ© de ces coopĂ©rations est nĂ©e de l’absence de superposition des territoires de compĂ©tence : le territoire de santĂ© n’est pas le territoire des GHT. Ainsi, la loi du 27 dĂ©cembre 2023 visant Ă  amĂ©liorer l’accĂšs aux soins par l’engagement territorial des professionnels prĂ©voit qu’« au moins une fois par an, le directeur gĂ©nĂ©ral de l’ARS prĂ©sente au conseil territorial de santĂ© ses observations sur l’état de santĂ© de la population du territoire, sur l’offre de soins disponible et sur l’organisation de la permanence des soins ». Le territoire du GHT n’est pas non plus le territoire des communautĂ©s professionnelles territoriales de santĂ© (CPTS) ou le territoire de la psychiatrie fondĂ©e sur la politique de secteur. Cette segmentation croissante des compĂ©tences et responsabilitĂ©s place l’usager dans un monde complexe et difficile Ă  dĂ©crypter. Longtemps, la sĂ©paration prĂ©vention/soins a marquĂ© et lĂ©gitimĂ© cette segmentation qui n’a plus de raison d’ĂȘtre. La question du territoire de rĂ©fĂ©rence se heurte Ă  une forme de dogme d’intangibilitĂ© des frontiĂšres qui s’est imposĂ© depuis la crĂ©ation des GHT. La mise en cohĂ©rence nĂ©cessiterait de rĂ©viser ces pĂ©rimĂštres. L’objectif initial fixĂ© aux GHT Ă©tait d’abord d’optimiser, de rationaliser les moyens sur un territoire avec une focalisation sur des leviers de gestion, de recherche d’efficience en favorisant regroupements, redistributions et concentration avec des figures imposĂ©es en matiĂšre d’achats, de systĂšme d’information, de ressources humaines, d’investissements
 La volontĂ© de privilĂ©gier l’approche mĂ©dicale et soignante constitue une Ă©tape importante pour les GHT qui ne pouvaient se cantonner Ă  une fonction uniquement gestionnaire. L’article 37 de la loi du 24 juillet 2019 avait créé une commission mĂ©dicale de groupement dans chaque GHT. Cette commission mĂ©dicale avait notamment pour mission de contribuer « à l’élaboration et Ă  la mise en Ɠuvre de la stratĂ©gie mĂ©dicale du groupement et du projet mĂ©dical partagĂ© du groupement ». L’ordonnance du 17 mars 2021 donne Ă  cette commission une responsabilitĂ© directe dans l’élaboration de la stratĂ©gie mĂ©dicale du groupement et du projet mĂ©dical partagĂ©. À cela s’ajoute une gouvernance partagĂ©e entre le prĂ©sident de la commission mĂ©dicale de groupement et le prĂ©sident du comitĂ© stratĂ©gique, directeur de l’établissement support. Le dĂ©cret du 27 mai 2021 permet aux GHT d’élaborer un CPOM, un PGFP et un programme d’investissement uniques, ainsi qu’un dispositif de mise en commun de leurs disponibilitĂ©s de trĂ©sorerie. Une Ă©tape supplĂ©mentaire devra ĂȘtre franchie par les GHT pour sortir de leur isolement statutaire public et s’ouvrir Ă  leur environnement. La question de la fusion s’imposera au terme de ces Ă©volutions pour sortir des ambiguĂŻtĂ©s et des soupçons qui pĂšsent sur l’établissement support en offrant une vraie rĂ©ponse territoriale alliant gradation, pertinence, efficience et proximitĂ©. Comme le rappelle la Cour des comptes, il conviendra, « afin de renforcer les liens de proximitĂ© au sein de chaque territoire », de confier aux Ă©tablissements de santĂ© parties aux GHT, notamment les hĂŽpitaux de proximitĂ©, la mise en Ɠuvre de la stratĂ©gie du groupement au plus prĂšs des professionnels de santĂ©, des Ă©lus et des besoins de la population. Dans son rapport de fĂ©vrier 2025 sur les centres de santĂ©, l’Igas pointe l’appauvrissement de l’offre de soins de premier recours dans les territoires comme sujet de prĂ©occupation majeure pour les responsables d’établissement hospitalier de proximitĂ© et recommande de tester la mise en place de centres de santĂ© aux pratiques coordonnĂ©es intĂ©grĂ©es (binĂŽmes mĂ©dicaux/paramĂ©dicaux
) dans les Ă©tablissements de santĂ©.

GHT, saison 4 : aprĂšs le temps de la crĂ©ation, puis de la consolidation et de la mĂ©dicalisation, vient celui de l’affirmation, autant de saisons d’une sĂ©rie appelĂ©e Ă  un bel avenir.
L’acte 2 des GHT souhaitĂ© par les confĂ©rences organisatrices des 1res journĂ©es passe par ces clarifications et ouvertures. À cet Ă©gard, transformer ce premier rendez-vous en Ă©vĂšnement rĂ©gulier permettra de conjuguer bilan d’action et affirmation d’une feuille de route, au-delĂ  de la prĂ©sentation des success stories, et de conforter la place des GHT dans le paysage sanitaire.

Jean-Michel Budet
Directeur de la rédaction
Gestions hospitaliĂšres

La rédaction de Gestions hospitaliÚres remercie Florence Baguet, Julie Delaitre et Amélie Jean pour la synthÚse des 1res Journées
des GHT présentée dans ce dossier.