GHTâŻ: acte 2 ou saison 4âŻ?
Huit ans aprĂšs la crĂ©ation des groupements hospitaliers de territoire (GHT), il convient de saluer lâinitiative prise par les ConfĂ©rences de prĂ©sidents de commission mĂ©dicale dâĂ©tablissements (PCME) de centres hospitaliers (CH) et de centres hospitaliers universitaires (CHU) dâorganiser Ă Lille, les 14 et 15 novembre 2024, les 1res JournĂ©es nationales des GHT.
Lâobjectif dâafficher une nouvelle ambition pour les groupements aprĂšs en avoir dressĂ© un bilan critique, analysant forces et faiblesses, est atteint par le franc succĂšs de ces journĂ©es qui devront en appeler dâautres pour concrĂ©tiser cette volontĂ© exprimĂ©e dâun acte 2 des GHT. Gestions hospitaliĂšres consacre ce dossier aux interventions et Ă©changes de cet Ă©vĂ©nement qui, Ă dĂ©faut dâavoir conclu par une nouvelle feuille de route, a permis lâexpression de lâensemble des acteurs et, surtout, la prĂ©sentation des initiatives locales, notamment Ă travers 44 contributions/posters, prouvant, quâau-delĂ des mots, il y avait du concret.
Pourquoi a-t-il fallu huit ans pour prendre cette initiativeâŻ? Sans doute cela correspond-il Ă une certaine maturitĂ©, lâĂąge de raison pour des organisations qui, aprĂšs avoir Ă©tĂ© instituĂ©es aux forceps, ont dĂ» se construire dans un contexte dâinjonctions contradictoires et de tensions financiĂšres, dĂ©mographiques et sanitaires. Ce qui est devenu naturel pour les CHU qui organisent tous les deux ans leurs Assises hospitalo-universitaires, Ă lâinitiative alternĂ©e des directeurs gĂ©nĂ©raux, des prĂ©sidents de CME et des doyens, a demandĂ© un effort important, illustrant les enjeux de pouvoirs quâengendre la montĂ©e en puissance des 136 GHT. Lâabsence de personnalitĂ© juridique des GHT nâa pas permis la mise en place dâune reprĂ©sentation autonome, Ă lâinstar de celles des CHU, des centres hospitaliers ou des Ă©tablissements de santĂ© mentale avec leurs ConfĂ©rences. Les marraines autour du berceau des GHT sont donc nombreuses, depuis les CHU liĂ©s par convention jusquâĂ la FĂ©dĂ©ration hospitaliĂšre de France (FHF), toujours soucieuse de garder les uns et les autres dans sa «âŻmaison communeâŻÂ». Ainsi, si la ConfĂ©rence des prĂ©sidents de CME de CHU a instituĂ© en son sein une commission territoire et celle des centres hospitaliers a dĂ©signĂ© un vice-prĂ©sident en charge des GHT, cela sâavĂšre plus dĂ©licat pour la reprĂ©sentation des directeurs de centres hospitaliers (CNDCH) et la FHF, qui doivent composer avec lâautonomie des 1âŻ329 hĂŽpitaux publics.
Retrouvez ici le programme des 1res journées des GHT
LâĂ©valuation des GHT
Il apparaĂźt clairement quâaprĂšs une phase trĂšs active, la mise en Ćuvre de la rĂ©forme des GHT a connu un faux plat et un moindre enthousiasme qui conduit aujourdâhui Ă espĂ©rer une nouvelle Ă©tape. Il faut attribuer cela Ă la forte instabilitĂ© ministĂ©rielle, qui conduit inĂ©vitablement Ă lâespoir de chacun dâimprimer sa marque souvent en dĂ©calage avec ses prĂ©dĂ©cesseurs. Neuf ministres se sont succĂ©dĂ© depuis 2017, alors que Marisol Touraine, Ă lâinitiative des GHT, avait pu sâinscrire dans la durĂ©e dâun quinquennat. AprĂšs un dĂ©marrage en marche forcĂ©e (obligation, calendrier) et une phase dâaccompagnement et de suivi, les GHT sont ainsi entrĂ©s dans le paysage avec quelques relances dans le cadre du programme «âŻMa santĂ© 2022âŻÂ», concrĂ©tisĂ©es le 24 juillet 2019 par lâadoption de la loi relative Ă lâorganisation et Ă la transformation du systĂšme de santĂ© ou avec lâarticle 25 de la loi du 27 dĂ©cembre 2023 visant Ă amĂ©liorer lâaccĂšs aux soins par lâengagement territorial des professionnels instaurant un droit dâoption pour doter les GHT de la personnalitĂ© morale. Cependant, les GHT ont poursuivi leur ancrage et fait lâobjet de rapports successifs de lâInspection gĂ©nĂ©rale des affaires sociales (Igas) et de la Cour des comptes.
En 2019, lâIgas a ainsi Ă©tabli un bilan dâĂ©tape des GHT, trois ans aprĂšs leur constitution, avec quatre axes dâinvestigationâŻ: leur pĂ©rimĂštre gĂ©ographique et leur composition institutionnelleâŻ; le fonctionnement de leur gouvernanceâŻ; les modalitĂ©s dâĂ©laboration, le contenu et la portĂ©e des projets mĂ©dicaux partagĂ©s (PMP)âŻ; leur traduction dans la mutualisation des ressources hospitaliĂšres. Il Ă©tait Ă©galement demandĂ© dâapprĂ©cier la dynamique des GHT au regard des deux objectifs que leur fixait la loi de 2016âŻ: la gradation des soins pour un accĂšs Ă©gal Ă des soins de qualitĂ© et sĂ©curisĂ©s, et la rationalisation des modes de gestion. Au-delĂ , la mission a proposĂ© deux scĂ©narios, un de court terme ancrĂ© sur la proximitĂ©, un second de moyen terme reposant sur un GHT personne morale unique (Ă©tablissement public de santĂ© territorial).
En 2024, la Cour des comptes, Ă lâoccasion de son rapport pour la mission dâĂ©valuation et de contrĂŽle des lois de financement de la sĂ©curitĂ© sociale, a dressĂ© un nouveau bilan nĂ©gatif des GHT, assorti de 21 recommandations. La Cour a considĂ©rĂ© quâil Ă©tait vain dâattendre des GHT quâils rĂ©solvent tous les problĂšmes de notre systĂšme soins («âŻle serpent de mer de la dĂ©mographie mĂ©dicale et de sa rĂ©partition sur le territoire, la problĂ©matique de lâattractivitĂ© de lâhĂŽpital public, les insuffisances de la politique de santĂ© publiqueâŻÂ»), mais ce regard trĂšs critique invitait surtout Ă une Ă©valuation approfondie des rĂ©sultats des GHT, Ă un «âŻtour de FranceâŻÂ» des coopĂ©rations, Ă privilĂ©gier la proximitĂ© et le principe de subsidiaritĂ©. De fait, la politique hospitaliĂšre nâĂ©chappe pas au constat gĂ©nĂ©ral de la difficultĂ© ancienne Ă mettre en Ćuvre une Ă©valuation systĂ©matique des politiques publiques.
Lâillusion du bouclier
La FHF et les ConfĂ©rences de directeurs et de prĂ©sidents de CME ont souhaitĂ© et accompagnĂ© la mise en place des GHT, comme elles avaient soutenu en 2004 la mise en place de la tarification Ă lâactivitĂ©, dans laquelle elles voyaient un moyen de stimulation de lâactivitĂ© et de reconquĂȘte. Il faut situer cet engagement dans la continuitĂ© du discours portĂ© notamment par Claude Evin, ancien ministre et prĂ©sident de la FHF, et traduit dans la plateforme de la FĂ©dĂ©ration en 2006 par lâexpression «âŻbouclier de service publicâŻÂ». Position que lâon peut juger offensive ou dĂ©fensive des Ă©tablissements publics qui entendent ainsi dâune part se positionner dans lâorganisation de lâoffre de santĂ© en garants de son accessibilitĂ© sociale et gĂ©ographique, dâautre part rĂ©sister Ă lâobjectif de rĂ©duction de la part hospitaliĂšre dans la dĂ©pense de santĂ© et au risque de dĂ©lĂ©gation au secteur privĂ© de missions jusquâalors sous monopole. Dans sa plateforme de propositions pour 2017-2022, la FHF va jusquâĂ porter ce sloganâŻ: «âŻLe service public ne se nĂ©gocie pas, ne se choisit pas, ne se dĂ©coupe pas.âŻÂ» Ce mĂȘme document fait du dĂ©ploiement des GHT une prioritĂ©, considĂ©rant que «âŻla mise en Ćuvre des GHT est une rĂ©forme majeure pour le systĂšme de santĂ©, pour laquelle la FHF a longtemps ĆuvrĂ© en appelant Ă lâĂ©mergence dâune stratĂ©gie de groupe publicâŻÂ». Ă lâheure des bilans, il nâest pas certain que la digue ait tenu, et le bouclier tend plutĂŽt Ă ressembler Ă la ligne MaginotâŻ: les travaux de la Drees montrent que les capacitĂ©s dâaccueil ont continuĂ© Ă diminuer, que la situation financiĂšre sâest dĂ©gradĂ©e ainsi que lâattractivitĂ© aprĂšs la parenthĂšse Covid. Dans le mĂȘme temps, la charge de la permanence des soins nâa fait que croĂźtre et la financiarisation du secteur privĂ© a contribuĂ© Ă dĂ©stabiliser lâoffre dans plusieurs spĂ©cialitĂ©s (biologie, imagerie, ophtalmologieâŠ), comme lâont montrĂ© en septembre 2024 les conclusions de la mission dâinformation du SĂ©nat sur la financiarisation de lâoffre de soins, dĂ©bouchant notamment sur une proposition de loi visant Ă crĂ©er un schĂ©ma dâorganisation et dâimplantation des activitĂ©s dâimagerie mĂ©dicale, qui serait dĂ©fini par les agences rĂ©gionales de santĂ© (ARS). Le dĂ©veloppement de ces groupes privĂ©s repose sur leur capacitĂ© Ă rĂ©aliser des investissements massifs et des opĂ©rations dâintĂ©gration, permettant une croissance externe trĂšs dynamique. De fait, les GHT ne rĂ©pondent que trĂšs partiellement Ă la dĂ©finition dâune stratĂ©gie de groupe telle quâelle est conçue par les groupes financiers et les cliniques privĂ©es (les quatre plus grands groupes dĂ©tiennent plus de 40âŻ% du marchĂ© des cliniques) ou mĂȘme par Unicancer, en fĂ©dĂ©rant nationalement les centres de lutte contre le cancer. Ce constat est aggravĂ© par la forte hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des 136 GHT quant au nombre des Ă©tablissements qui les composent (2 Ă 20), aux territoires quâils desservent (100âŻ000 habitants Ă 2,5 millions) et aux masses budgĂ©taires (100 millions Ă 2 milliards) engagĂ©es pour chacun.
De leur cĂŽtĂ©, les pouvoirs publics ont vu dans cet appĂ©tit des hospitaliers publics pour les GHT une opportunitĂ© de transfĂ©rer une partie du trousseau des clĂ©s de la restructuration publique aux acteurs eux-mĂȘmes, tout en leur fixant cadre et feuille de route dans un contexte financier contraignant. Ă la communautĂ© hospitaliĂšre publique dĂ©sormais de gĂ©rer collectivement ses moyens financiers et humains dans chaque GHT et avec le CHU partenaire obligatoirement associĂ©. Ainsi, les GHT peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme un moyen de poursuivre, dâamplifier une trajectoire de recomposition en passant le relais, lâĂtat reconnaissant ainsi implicitement, sous le masque de la mise en Ćuvre du principe de subsidiaritĂ©, ses limites. Ă lui lâobservation, lâĂ©valuation et lâadaptation du cadre, aux opĂ©rateurs la responsabilitĂ© de lâaction. Pour reprendre la formule figurant sur le bureau du prĂ©sident Truman, on pourrait inscrire au fronton de lâhĂŽpital support du GHTâŻ: The buck stops hereâŻ! («âŻLa responsabilitĂ© commence ici.âŻÂ»)
Il nâest pas anodin dans ce contexte de voir une ARS menacer dâĂ©mettre «âŻun avis dĂ©favorableâŻÂ» au renouvellement des contrats des directeurs de trois hĂŽpitaux publics dâun GHT en raison dâune collaboration jugĂ©e «âŻinsuffisanteâŻÂ» entre les services des urgences.
Les injonctions contradictoires
Le dĂ©ploiement des GHT nâa pas mis fin aux multiples injonctions contradictoires que subissent les Ă©tablissements de santĂ©. Trois points mĂ©ritent attentionâŻ: la tarification, le lien au territoire, la simplification.
- La course Ă lâactivitĂ© nĂ©e de la T2A, dans laquelle lâaugmentation du volume se traduit automatiquement par une baisse des tarifs, ne pouvait que laisser sur le bord de la route ceux qui ne disposaient ni des ressources internes ni du potentiel populationnel pour concourir. Lâinsistance de la communautĂ© publique pour aller vers les GHT et changer le modĂšle de tarification en attĂ©nuant la part de la T2A venait de lâespoir de sortir dâune compĂ©tition mortifĂšre entre Ă©tablissements publics. La rĂ©ussite des GHT repose sur une Ă©volution radicale du mode de rĂ©munĂ©ration qui permette de sortir du schĂ©ma de la mise en concurrence des partenaires du GHT.
- Alors que lâancrage municipal de lâhĂŽpital public sâest progressivement dĂ©litĂ© au cours des ans au profit de lâĂtat et de ses reprĂ©sentants, le lĂ©gislateur nâa eu de cesse de mettre de plus en plus en exergue le territoire comme fondateur de la lĂ©gitimitĂ©. Le temps du maire de la ville dâimplantation ordonnateur des dĂ©penses, prĂ©sident de droit du conseil dâadministration, a laissĂ© la place Ă une prĂ©sidence facultative dâun conseil de surveillance. Dans ce contexte, nombre dâĂ©lus locaux tendent Ă considĂ©rer, tout en ayant un Ćil attentif sur le niveau dâemploi, que lâhĂŽpital, et a fortiori le GHT, est lâaffaire de lâĂtat et des ARS. La gĂ©nĂ©ralisation des directions communes au profit des Ă©tablissements supports du GHT nâa fait que renforcer cet Ă©vitement.
- Enfin, la complexification de la gouvernance des GHT sâinscrit Ă lâopposĂ© du message de simplification, dâagilitĂ© distillĂ© par lâĂtat. Lâordonnance de 17 mars 2021 relative aux GHT et Ă la mĂ©dicalisation des dĂ©cisions Ă lâhĂŽpital ainsi que les dĂ©crets n° 2021-675 et n° 2021-676 ont modifiĂ© les modalitĂ©s de gouvernance au sein des Ă©tablissements publics de santĂ© Ă compter du 1er janvier 2022, avec lâobjectif dâune plus grande intĂ©gration mais sans aller jusquâĂ la simplification que constituerait la fusion des membres du GHT. Les avancĂ©es en la matiĂšre restent modestesâŻ; par exemple, les GHT qui le souhaiteront pourront crĂ©er une commission mĂ©dicale de groupement unifiĂ©e qui se substituerait Ă la commission mĂ©dicale de groupement et aux commissions mĂ©dicales de chaque Ă©tablissement partie au groupement, et en assurerait les missions et les attributions.
Top down ou bottom up�
Dans le domaine de la santĂ©, deux approches de planification des soins et services semblent sâopposerâŻ: lâune populationnelle, lâautre institutionnelle. Elles relĂšvent de fait de deux logiques diffĂ©rentes quoique complĂ©mentaires. Lâapproche populationnelle relĂšve dâune logique mettant lâaccent sur la demande, dans le but dâadapter les soins et services aux besoins de la population. Lâapproche institutionnelle adopte une logique axĂ©e sur lâoffre et vise Ă amĂ©liorer lâoffre de soins et services en fonction des critĂšres de qualitĂ© et dâefficacitĂ©. Les GHT se trouvent dĂ©sormais confrontĂ©s Ă cette dualitĂ©, notamment depuis lâaffirmation affichĂ©e en 2017 de la FHF dâinscrire la responsabilitĂ© populationnelle au cĆur de son projet. Cette dĂ©marche, qui a fait lâobjet dâune reconnaissance lĂ©gislative en 2019 et se traduit par des programmes cliniques Ă©laborĂ©s par lâensemble des acteurs de santĂ© dâun territoire, a dâabord Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e au QuĂ©bec Ă partir de 2003 dans le cadre de la rĂ©forme du systĂšme de santĂ© et services sociaux. Lâarticle 20 de la loi du 24 juillet 2019 relative Ă lâorganisation et Ă la transformation du systĂšme de santĂ© dispose ainsi que, dĂ©sormais, «âŻlâensemble des acteurs de santĂ© dâun territoire est responsable de lâamĂ©lioration de la santĂ© de la population de ce territoire ainsi que de la prise en charge optimale des patients de ce territoireâŻÂ». Pour reprendre sa dĂ©finition quĂ©bĂ©coise, la responsabilitĂ© populationnelle implique lâobligation de maintenir et dâamĂ©liorer la santĂ© et bien-ĂȘtre de la population dâun territoire donnĂ© en rendant accessible un ensemble de services sociaux et de santĂ© pertinents, coordonnĂ©s, qui rĂ©pondent de maniĂšre optimale aux besoins exprimĂ©s et non exprimĂ©s de la population, en assurant lâaccompagnement des personnes et le soutien requis et en agissant en amont sur les dĂ©terminants de la santĂ©.
Prochaine Ă©tape pour les GHTâŻ: acte 2 ou saison 4
La crĂ©ation et le dĂ©ploiement des GHT sâinscrivent dans un long processus de dĂ©veloppement des coopĂ©rations, dâabord hospitaliĂšres, ensuite Ă©largies Ă lâensemble de professionnels de santĂ©. Pour mĂ©moire, on peut citer chronologiquement les syndicats et groupements interhospitaliers, les conventions de coopĂ©ration, les groupements dâintĂ©rĂȘt Ă©conomique (GIE), dâintĂ©rĂȘt public (GIP), les communautĂ©s dâĂ©tablissements, les groupements de coopĂ©ration sanitaire (GCS), les fĂ©dĂ©rations mĂ©dicales interhospitaliĂšres, les rĂ©seaux de santĂ©âŠ
Face Ă cet empilement, lâAgence nationale dâappui Ă la performance (Anap) et la Direction gĂ©nĂ©rale de lâoffre de soins (DGOS) avaient publiĂ© en 2011 un guide mĂ©thodologique des coopĂ©rations territoriales, avec pour objectif dâaider les ARS et les Ă©tablissements de santĂ© et mĂ©dico-sociaux dans le choix et la mise en Ćuvre des structures de coopĂ©ration. Les GHT constituent en ce sens une Ă©tape dĂ©cisive tout en sâadditionnant Ă dâautres outils prĂ©existants de coopĂ©ration, qui ont connu un succĂšs plus ou moins grand. Ils se substituent surtout aux communautĂ©s hospitaliĂšres de territoire (CHT) facultatives, peu mobilisatrices. Outre cette accumulation dâoutils, une difficultĂ© supplĂ©mentaire dans la lisibilitĂ© de ces coopĂ©rations est nĂ©e de lâabsence de superposition des territoires de compĂ©tenceâŻ: le territoire de santĂ© nâest pas le territoire des GHT. Ainsi, la loi du 27 dĂ©cembre 2023 visant Ă amĂ©liorer lâaccĂšs aux soins par lâengagement territorial des professionnels prĂ©voit quâ«âŻau moins une fois par an, le directeur gĂ©nĂ©ral de lâARS prĂ©sente au conseil territorial de santĂ© ses observations sur lâĂ©tat de santĂ© de la population du territoire, sur lâoffre de soins disponible et sur lâorganisation de la permanence des soinsâŻÂ». Le territoire du GHT nâest pas non plus le territoire des communautĂ©s professionnelles territoriales de santĂ© (CPTS) ou le territoire de la psychiatrie fondĂ©e sur la politique de secteur. Cette segmentation croissante des compĂ©tences et responsabilitĂ©s place lâusager dans un monde complexe et difficile Ă dĂ©crypter. Longtemps, la sĂ©paration prĂ©vention/soins a marquĂ© et lĂ©gitimĂ© cette segmentation qui nâa plus de raison dâĂȘtre. La question du territoire de rĂ©fĂ©rence se heurte Ă une forme de dogme dâintangibilitĂ© des frontiĂšres qui sâest imposĂ© depuis la crĂ©ation des GHT. La mise en cohĂ©rence nĂ©cessiterait de rĂ©viser ces pĂ©rimĂštres. Lâobjectif initial fixĂ© aux GHT Ă©tait dâabord dâoptimiser, de rationaliser les moyens sur un territoire avec une focalisation sur des leviers de gestion, de recherche dâefficience en favorisant regroupements, redistributions et concentration avec des figures imposĂ©es en matiĂšre dâachats, de systĂšme dâinformation, de ressources humaines, dâinvestissements⊠La volontĂ© de privilĂ©gier lâapproche mĂ©dicale et soignante constitue une Ă©tape importante pour les GHT qui ne pouvaient se cantonner Ă une fonction uniquement gestionnaire. Lâarticle 37 de la loi du 24 juillet 2019 avait créé une commission mĂ©dicale de groupement dans chaque GHT. Cette commission mĂ©dicale avait notamment pour mission de contribuer «âŻĂ lâĂ©laboration et Ă la mise en Ćuvre de la stratĂ©gie mĂ©dicale du groupement et du projet mĂ©dical partagĂ© du groupementâŻÂ». Lâordonnance du 17 mars 2021 donne Ă cette commission une responsabilitĂ© directe dans lâĂ©laboration de la stratĂ©gie mĂ©dicale du groupement et du projet mĂ©dical partagĂ©. Ă cela sâajoute une gouvernance partagĂ©e entre le prĂ©sident de la commission mĂ©dicale de groupement et le prĂ©sident du comitĂ© stratĂ©gique, directeur de lâĂ©tablissement support. Le dĂ©cret du 27 mai 2021 permet aux GHT dâĂ©laborer un CPOM, un PGFP et un programme dâinvestissement uniques, ainsi quâun dispositif de mise en commun de leurs disponibilitĂ©s de trĂ©sorerie. Une Ă©tape supplĂ©mentaire devra ĂȘtre franchie par les GHT pour sortir de leur isolement statutaire public et sâouvrir Ă leur environnement. La question de la fusion sâimposera au terme de ces Ă©volutions pour sortir des ambiguĂŻtĂ©s et des soupçons qui pĂšsent sur lâĂ©tablissement support en offrant une vraie rĂ©ponse territoriale alliant gradation, pertinence, efficience et proximitĂ©. Comme le rappelle la Cour des comptes, il conviendra, «âŻafin de renforcer les liens de proximitĂ© au sein de chaque territoireâŻÂ», de confier aux Ă©tablissements de santĂ© parties aux GHT, notamment les hĂŽpitaux de proximitĂ©, la mise en Ćuvre de la stratĂ©gie du groupement au plus prĂšs des professionnels de santĂ©, des Ă©lus et des besoins de la population. Dans son rapport de fĂ©vrier 2025 sur les centres de santĂ©, lâIgas pointe lâappauvrissement de lâoffre de soins de premier recours dans les territoires comme sujet de prĂ©occupation majeure pour les responsables dâĂ©tablissement hospitalier de proximitĂ© et recommande de tester la mise en place de centres de santĂ© aux pratiques coordonnĂ©es intĂ©grĂ©es (binĂŽmes mĂ©dicaux/paramĂ©dicauxâŠ) dans les Ă©tablissements de santĂ©.
GHT, saison 4âŻ: aprĂšs le temps de la crĂ©ation, puis de la consolidation et de la mĂ©dicalisation, vient celui de lâaffirmation, autant de saisons dâune sĂ©rie appelĂ©e Ă un bel avenir.
Lâacte 2 des GHT souhaitĂ© par les confĂ©rences organisatrices des 1res journĂ©es passe par ces clarifications et ouvertures. Ă cet Ă©gard, transformer ce premier rendez-vous en Ă©vĂšnement rĂ©gulier permettra de conjuguer bilan dâaction et affirmation dâune feuille de route, au-delĂ de la prĂ©sentation des success stories, et de conforter la place des GHT dans le paysage sanitaire.
Jean-Michel Budet
Directeur de la rédaction
Gestions hospitaliĂšres
La rédaction de Gestions hospitaliÚres remercie Florence Baguet, Julie Delaitre et Amélie Jean pour la synthÚse des 1res Journées
des GHT présentée dans ce dossier.

