Numéro 623 - février 2023dossier

réflexion

De ce qui ne se voit pas à ceux qui ne se voient pas

L’hôpital est un écosystème complexe qui voit coexister une multiplicité de professionnel.les, concourant de manière interdépendante à rendre effectives les missions du service public hospitalier. Toutefois, il est des métiers qui, pour essentiels qu’ils soient au bon fonctionnement d’un établissement, bénéficient d’une visibilité moindre aux yeux des usagers, voire des hospitaliers eux-mêmes. Il paraît alors pertinent de s’interroger sur les mécanismes à l’œuvre dans ce processus d’invisibilisation de certains métiers, et, partant, sur les effets que ce phénomène peut produire concernant les professionnel.les qui les pratiquent.

S’emparer de la question des métiers invisibles à l’hôpital au prisme de la sociologie impose au préalable de circonscrire deux notions. D’abord, celle de « métier », terme polysémique dont la définition oscille traditionnellement entre deux acceptions principales : l’une liée à l’idée de corps professionnel, l’autre à l’activité. Ne voulant pas, pour le sujet qui nous préoccupe, opérer de distinction entre métier et profession, nous reprendrons à notre compte l’approche en termes de « groupe professionnel »(1) dans laquelle les deux notions apparaissent peu ou prou comme synonymes(2). La notion d’invisibilité ne s’impose pas non plus sans complexité, en ce qu’elle renvoie à des représentations multiples, et à la notion symétrique de reconnaissance, sociale ou professionnelle. Il convient donc de se demander : si certains métiers sont effectivement invisibles, aux yeux de quels acteurs le sont-ils, et comment cette invisibilité, qui ne saurait être ontologiquement le propre de certains métiers, est dès lors construite, et par quels processus implicites ou explicites ? Autant de questions qui nécessiteraient ...

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