Numéro 593 - février 2020dossier

analyse

Fonctionnement des équipes sportives et management des établissements de santé

Un regard de psychologue social

Une équipe sportive, telle un cheval fou, est capable de se transcender et d’aller chercher des victoires extraordinaires. Certaines équipes ne parviendront jamais à trouver la recette de l’alchimie collective, décevant les bookmakers et rappelant la difficulté à construire un collectif. L’arène sportive a été l’objet de travaux de recherche variés en psychologie sociale pour comprendre ces phénomènes de groupe et, in fine, améliorer les performances sportives. Mais c’est une autre veine de recherche qui intéresse ici l’auteur, celle de l’ergonomie cognitive et relationnelle des situations de travail, qui a considéré que les processus à l’œuvre dans les équipes sportives étaient susceptibles d’être un révélateur de mécanismes discrets des équipes de travail. En quelque sorte, observer le fonctionnement des équipes sportives serait d’une richesse rare, car les phénomènes y sont exacerbés. À titre personnel, Jérôme Bourbousson a développé ses travaux de recherche dans cette veine. Il est intervenu à plusieurs reprises en conférence ou formation devant les cadres et/ou directeurs des hôpitaux français, et il livre ici une synthèse de ce qu’il connaît des situations sportives collectives et qui lui semble pouvoir stimuler la réflexion sur les pratiques managériales dans les établissements de santé. 

De plus en plus de travaux démontrent que les succès collectifs sont finalement assez peu expliqués par la valeur intrinsèque de l’équipe, ce qu’elle vaut sur le papier à partir de la « côte » individuelle des membres(1). Confirmé par des résultats obtenus en situation de travail, la qualité du « faire ensemble » (qualité des interactions, de la communication) semble être le meilleur prédicteur de l’efficacité collective(2). C’est de la sorte qu’en sport, la performance collective est tellement faiblement prévisible à partir de la valeur intrinsèque de ses membres, que les parieurs se trompent une fois sur deux, et que l’outsider remporte le match dans 45 % des cas(3), c’est pour dire. Il ne m’en faudra pas moins dans les lignes suivantes pour renverser la table, remettre en question les pratiques de recrutement centrées sur le talent individuel, et les modes d’organisation centrés sur l’organigramme hiérarchique. Du point de vue des pratiques hospitalières, l’attractivité (par exemple géographique) des établissements est variable, ne disant de facto pourtant pas grand-chose de l’efficacité globale et collective qui ...

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