Numéro 512 - janvier 2012 graph

1re séance

La langue comme outil de partage

La quĂȘte de la reconnaissance, ressort ultime de l'action humaine

Le philosophe grec Euboulidùs (4e siùcle av. J.-C.), proposait des paradoxes, dont celui d’Electre : Electre sait qu’elle a un frùre, Oreste, mais quand elle est devant lui, elle ne le reconnaüt pas. Jusqu’à ce que – chez Euripide – elle le reconnaisse grñce à un signe, une cicatrice sur le front. Il n’y a pas de reconnaissance sans signes.

Les langues sont faites de signes. Le fait de partager les mĂȘmes signes permet la reconnaissance de ce que nous appelons « langue » et qui dĂ©pend de l’imbrication de signes de natures diffĂ©rentes : sons, formes, mots. De maniĂšre plus large, la rĂ©flexion Ă  propos des signes connaĂźt une longue histoire. Umberto Eco nous en propose une belle synthĂšse(1). Il dĂ©nombre trois types fondamentaux : l’index, l’icĂŽne et le symbole. Le premier ne porte pas en soi l’intention de vĂ©hiculer des contenus ; par exemple, une flaque d’eau n’a aucune intention de signifier l’existence d’une Ă©ventuelle fuite d’eau. Le deuxiĂšme ne peut vĂ©hiculer comme contenu que ce qu’il reprĂ©sente ; ainsi l’image d’un tĂ©lĂ©phone ne peut-elle indiquer qu’un tĂ©lĂ©phone. Et le troisiĂšme n’est que le fruit d’un accord entre ceux qui l’utilisent, comme par exemple un symbole mathĂ©matique ou un mot. Ce qui importe Ă  ce stade est que ce soient des Ă©lĂ©ments que l’on partage parce qu’on les reconnaĂźt. Et on les reconnaĂźt parce qu’on les partage. La langue est un systĂšme de signes dont les significations sont rĂ©gulĂ©es par les utilisateurs ; c’est ce ...

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