Numéro 626 - mai 2023[dossier]

RH : le sens du collectif

Temps de lecture : 3 minutes

En prĂ©parant ce dossier, je n’ai eu qu’une obsession : faire apparaĂźtre le collectif dans sa conception la plus Ă©tendue possible, avec des articles aux thĂšmes variĂ©s, rĂ©digĂ©s par des autrices et auteurs aux profils diffĂ©rents.

Si j’avais dĂ» Ă©crire un article sur ce sujet, ma vision aurait Ă©tĂ© tout autre de celle des pages qui suivent. Et je l’aurais probablement intitulé : « Le collectif ne se dĂ©crĂšte pas. » Je m’explique.

J’ai retenu sur le management deux choses.

La premiĂšre est de toujours prendre le temps de se poser la question suivante : lorsque je suis managĂ©, qu’est-ce je ne supporte absolument pas ? En ne se positionnant pas uniquement en manager mais en managĂ©, nous pouvons tendre Ă  ne pas reproduire ce que nous avons mal vĂ©cu.

La seconde est que partir du postulat de la relation Ă  sens unique est fatal. Je manage autant mon manager qu’il me manage. Nous sommes dans une relation humaine, nous avons chacun une personnalitĂ© et mon attitude a autant d’importance que la sienne.

En vingt annĂ©es d’expĂ©rience professionnelle, dans des services de soins, dans une direction des affaires juridiques, dans un Ă©tablissement administratif, dans le secteur privĂ©, j’ai rencontrĂ© des collĂšgues et intĂ©grĂ© des Ă©quipes oĂč, avec le recul, j’ai Ă©tĂ© heureux. L’harmonie ne rĂ©gnait pas chaque heure du jour et de la nuit, il y avait des jours avec et des jours sans, des revendications, des colĂšres, puis des rires et des sourires. J’ai pu, comme tout un chacun, lier des amitiĂ©s ; certaines ont survĂ©cu au temps et Ă  l’éloignement, d’autres se sont provisoirement assoupies sans explication particuliĂšre. J’ai eu comme tout le monde des inimitiĂ©s, croisĂ© des personnes qui ne m’apprĂ©ciaient pas, d’autres que j’apprĂ©ciais moins. 

Mais, d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, lorsque nous nous recroisons, lorsque nous Ă©voquons ce service, cette direction, cet Ă©tablissement, cette association, cette entreprise oĂč nous avons partagĂ© un temps de vie, ne reviennent que les bons souvenirs, et ce sens du collectif. 

Les directrices et directeurs que nous avons connus avaient-ils une solution miracle ? Une mĂ©thode infaillible ? Je ne le pense pas. Leurs personnalitĂ©s Ă©taient diffĂ©rentes, parfois opposĂ©es. Mais ce qu’ils partageaient Ă©tait subtil : le respect. Le respect de ce que nous pensions et le respect de qui nous Ă©tions. Me concernant, ils ont Ă©tĂ© bien patients pour accepter la fougue de la jeunesse qui s’exprimait souvent ouvertement. Ils savaient Ă©carter celles et ceux qui arrivaient dans une Ă©quipe et qui, pour une question de caractĂšre, aurait pu dĂ©sĂ©quilibrer ce collectif, ne pas respecter l’identitĂ© de chacun. Ils savaient aussi comment nous faire comprendre notre part de responsabilitĂ©, et s’ils n’y parvenaient pas, ils savaient prendre les dĂ©cisions en consĂ©quence. Ils savaient aussi organiser des moments fĂ©dĂ©rateurs, fermer les yeux sur certaines pĂ©riodes de relĂąchement, de celles qui constituent les Ă©quipes.

Leur vigilance Ă©tait permanente. Mais ils avaient su tirer les leçons que j’ai retenues du management : ils ne nous faisaient pas subir ce qu’ils ne voulaient pas subir (oĂč qu’ils subissaient difficilement) et la relation qu’ils entretenaient avec nous n’était pas exclusivement descendante. 

La vie professionnelle est par nature faite d’équipes mouvantes, de dĂ©parts, d’arrivĂ©es, d’un Ă©quilibre subtil et fragile. Rien n’est durable dĂšs qu’il s’agit de faire travailler des ĂȘtres ensemble. Et puis, surtout, le collectif, tout comme le management, est le nĂŽtre. Le sentiment d’appartenance Ă  son rĂŽle, la marque employeur peut-ĂȘtre aussi, mais ce qui ne se dĂ©crĂšte pas, c’est la volontĂ© que nous avons, chacun, d’y participer si la libertĂ© nous est donnĂ©e. Et parmi celles et ceux qui ont partagĂ© les mĂȘmes collectifs, au mĂȘme moment, il y en aura probablement qui n’auront pas le mĂȘme ressenti, qui auront vĂ©cu la mĂȘme pĂ©riode dans la souffrance et qui tĂ©moigneraient de l’absence de sens du collectif. Alors s’il y avait une solution miracle


Ainsi, si j’avais dĂ» Ă©crire un article sur ce sujet, il n’aurait pas Ă©tĂ© dans le ton du moment, n’aurait pas Ă©tĂ© Ă  la mode. Or, pour constituer un collectif, l’une des conditions est d’accepter les diffĂ©rences, que chacun puisse s’exprimer, intĂ©grer que les uns et les autres ne sont pas nĂ©cessairement d’accord sur tout et ne travaillent pas exactement de la mĂȘme maniĂšre. 

L’essentiel est de partager le mĂȘme but, d’avoir des valeurs communes. Et en relisant les pages qui vont suivre, ce qui ressort des articles de ce dossier est toujours la notion de respect. Le respect par l’égalitĂ© professionnelle entre les femmes et les hommes, le respect pour l’engagement de l’ensemble des professionnels, le respect des patients et des agents lors de la construction d’un nouveau CHU, etc.

Et c’est cet ensemble de visions diffĂ©rentes, d’outils, de tĂ©moignages sur l’hĂŽpital, qui donne Ă  ce dossier un sens
 Le sens du collectif.

lecture

Construire un nouveau dialogue social dans la fonction publique hospitaliĂšre

Droit syndical, nouvelles instances et négociation collective

Dans ce dossier relatif au sens du collectif, nous ne pouvions passer sous silence ce nouvel ouvrage publiĂ© par LEH Édition. Et ce pour deux raisons.

La premiĂšre est qu’il s’agit d’un livre complet, synthĂ©tisant le Code gĂ©nĂ©ral de la fonction publique, les dispositions rĂ©glementaires et les derniĂšres jurisprudences sur trois thĂ©matiques actuelles : le droit syndical, les instances reprĂ©sentatives du personnel (dont des dĂ©veloppements trĂšs utiles sur le comitĂ© social et Ă©conomique (CSE) et la formation spĂ©cialisĂ©e en matiĂšre de santĂ©, sĂ©curitĂ© et conditions de travail [F3SCT]), la nĂ©gociation collective. Comme le prĂ©cise Sophie Marchandet dans son introduction, « cet ouvrage offre l’ensemble des outils pour faire vivre le dialogue social dans les Ă©tablissements publics de santĂ© et donne aux acteurs les clĂ©s pour amĂ©liorer les conditions d’exercice de l’ensemble des professionnels ». Tout est dit, et tout est vrai.

La seconde raison est que le sens du collectif, il y a ceux qui en parlent et ceux qui le pratiquent. Et en la matiĂšre, Jean-Marie Barbot a su dĂ©montrer, avec la tĂ©nacitĂ© qu’on lui connaĂźt, en s’entourant de femmes et d’hommes aux profils divers et variĂ©s, de sa capacitĂ© Ă  faire travailler de concert toute une gĂ©nĂ©ration de passionnĂ©s par les ressources humaines hospitaliĂšres. 

J’espĂšre que Vanessa Fage-Moreel et Marie-Gabrielle VaissiĂšre-Bonnet, ses coauteures, ne m’en voudront pas de profiter de ces lignes pour mettre davantage en lumiĂšre la capacitĂ© de Jean-Marie Ă  nous convaincre de rĂ©diger des livres ou de prĂ©parer des interventions, et surtout Ă  nous faire travailler les uns avec les autres. Personnellement je lui dois beaucoup, c’est un juste retour des choses.

Alors qu’importe la raison, ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que ce nouvel opus rĂ©digĂ© Ă  trois voix est un indispensable des services RH.

LEH Édition, mai 2023, 276 pages, 45 €

 Jean-Yves Copin