En prĂ©parant ce dossier, je nâai eu quâune obsessionâ: faire apparaĂźtre le collectif dans sa conception la plus Ă©tendue possible, avec des articles aux thĂšmes variĂ©s, rĂ©digĂ©s par des autrices et auteurs aux profils diffĂ©rents.
Si jâavais dĂ» Ă©crire un article sur ce sujet, ma vision aurait Ă©tĂ© tout autre de celle des pages qui suivent. Et je lâaurais probablement intitulĂ©â: «âLe collectif ne se dĂ©crĂšte pas.â» Je mâexplique.
Jâai retenu sur le management deux choses.
La premiĂšre est de toujours prendre le temps de se poser la question suivanteâ: lorsque je suis managĂ©, quâest-ce je ne supporte absolument pasâ? En ne se positionnant pas uniquement en manager mais en managĂ©, nous pouvons tendre Ă ne pas reproduire ce que nous avons mal vĂ©cu.
La seconde est que partir du postulat de la relation Ă sens unique est fatal. Je manage autant mon manager quâil me manage. Nous sommes dans une relation humaine, nous avons chacun une personnalitĂ© et mon attitude a autant dâimportance que la sienne.
En vingt annĂ©es dâexpĂ©rience professionnelle, dans des services de soins, dans une direction des affaires juridiques, dans un Ă©tablissement administratif, dans le secteur privĂ©, jâai rencontrĂ© des collĂšgues et intĂ©grĂ© des Ă©quipes oĂč, avec le recul, jâai Ă©tĂ© heureux. Lâharmonie ne rĂ©gnait pas chaque heure du jour et de la nuit, il y avait des jours avec et des jours sans, des revendications, des colĂšres, puis des rires et des sourires. Jâai pu, comme tout un chacun, lier des amitiĂ©sâ; certaines ont survĂ©cu au temps et Ă lâĂ©loignement, dâautres se sont provisoirement assoupies sans explication particuliĂšre. Jâai eu comme tout le monde des inimitiĂ©s, croisĂ© des personnes qui ne mâapprĂ©ciaient pas, dâautres que jâapprĂ©ciais moins.Â
Mais, dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, lorsque nous nous recroisons, lorsque nous Ă©voquons ce service, cette direction, cet Ă©tablissement, cette association, cette entreprise oĂč nous avons partagĂ© un temps de vie, ne reviennent que les bons souvenirs, et ce sens du collectif.Â
Les directrices et directeurs que nous avons connus avaient-ils une solution miracleâ? Une mĂ©thode infaillibleâ? Je ne le pense pas. Leurs personnalitĂ©s Ă©taient diffĂ©rentes, parfois opposĂ©es. Mais ce quâils partageaient Ă©tait subtilâ: le respect. Le respect de ce que nous pensions et le respect de qui nous Ă©tions. Me concernant, ils ont Ă©tĂ© bien patients pour accepter la fougue de la jeunesse qui sâexprimait souvent ouvertement. Ils savaient Ă©carter celles et ceux qui arrivaient dans une Ă©quipe et qui, pour une question de caractĂšre, aurait pu dĂ©sĂ©quilibrer ce collectif, ne pas respecter lâidentitĂ© de chacun. Ils savaient aussi comment nous faire comprendre notre part de responsabilitĂ©, et sâils nây parvenaient pas, ils savaient prendre les dĂ©cisions en consĂ©quence. Ils savaient aussi organiser des moments fĂ©dĂ©rateurs, fermer les yeux sur certaines pĂ©riodes de relĂąchement, de celles qui constituent les Ă©quipes.
Leur vigilance Ă©tait permanente. Mais ils avaient su tirer les leçons que jâai retenues du managementâ: ils ne nous faisaient pas subir ce quâils ne voulaient pas subir (oĂč quâils subissaient difficilement) et la relation quâils entretenaient avec nous nâĂ©tait pas exclusivement descendante.Â
La vie professionnelle est par nature faite dâĂ©quipes mouvantes, de dĂ©parts, dâarrivĂ©es, dâun Ă©quilibre subtil et fragile. Rien nâest durable dĂšs quâil sâagit de faire travailler des ĂȘtres ensemble. Et puis, surtout, le collectif, tout comme le management, est le nĂŽtre. Le sentiment dâappartenance Ă son rĂŽle, la marque employeur peut-ĂȘtre aussi, mais ce qui ne se dĂ©crĂšte pas, câest la volontĂ© que nous avons, chacun, dây participer si la libertĂ© nous est donnĂ©e. Et parmi celles et ceux qui ont partagĂ© les mĂȘmes collectifs, au mĂȘme moment, il y en aura probablement qui nâauront pas le mĂȘme ressenti, qui auront vĂ©cu la mĂȘme pĂ©riode dans la souffrance et qui tĂ©moigneraient de lâabsence de sens du collectif. Alors sâil y avait une solution miracleâŠ
Ainsi, si jâavais dĂ» Ă©crire un article sur ce sujet, il nâaurait pas Ă©tĂ© dans le ton du moment, nâaurait pas Ă©tĂ© Ă la mode. Or, pour constituer un collectif, lâune des conditions est dâaccepter les diffĂ©rences, que chacun puisse sâexprimer, intĂ©grer que les uns et les autres ne sont pas nĂ©cessairement dâaccord sur tout et ne travaillent pas exactement de la mĂȘme maniĂšre.Â
Lâessentiel est de partager le mĂȘme but, dâavoir des valeurs communes. Et en relisant les pages qui vont suivre, ce qui ressort des articles de ce dossier est toujours la notion de respect. Le respect par lâĂ©galitĂ© professionnelle entre les femmes et les hommes, le respect pour lâengagement de lâensemble des professionnels, le respect des patients et des agents lors de la construction dâun nouveau CHU, etc.
Et câest cet ensemble de visions diffĂ©rentes, dâoutils, de tĂ©moignages sur lâhĂŽpital, qui donne Ă ce dossier un sens⊠Le sens du collectif.
lecture
Construire un nouveau dialogue social dans la fonction publique hospitaliĂšre
Droit syndical, nouvelles instances et négociation collective
Dans ce dossier relatif au sens du collectif, nous ne pouvions passer sous silence ce nouvel ouvrage publiĂ© par LEH Ădition. Et ce pour deux raisons.
La premiĂšre est quâil sâagit dâun livre complet, synthĂ©tisant le Code gĂ©nĂ©ral de la fonction publique, les dispositions rĂ©glementaires et les derniĂšres jurisprudences sur trois thĂ©matiques actuellesâ: le droit syndical, les instances reprĂ©sentatives du personnel (dont des dĂ©veloppements trĂšs utiles sur le comitĂ© social et Ă©conomique (CSE) et la formation spĂ©cialisĂ©e en matiĂšre de santĂ©, sĂ©curitĂ© et conditions de travail [F3SCT]), la nĂ©gociation collective. Comme le prĂ©cise Sophie Marchandet dans son introduction, «âcet ouvrage offre lâensemble des outils pour faire vivre le dialogue social dans les Ă©tablissements publics de santĂ© et donne aux acteurs les clĂ©s pour amĂ©liorer les conditions dâexercice de lâensemble des professionnelsâ». Tout est dit, et tout est vrai.
La seconde raison est que le sens du collectif, il y a ceux qui en parlent et ceux qui le pratiquent. Et en la matiĂšre, Jean-Marie Barbot a su dĂ©montrer, avec la tĂ©nacitĂ© quâon lui connaĂźt, en sâentourant de femmes et dâhommes aux profils divers et variĂ©s, de sa capacitĂ© Ă faire travailler de concert toute une gĂ©nĂ©ration de passionnĂ©s par les ressources humaines hospitaliĂšres.Â
JâespĂšre que Vanessa Fage-Moreel et Marie-Gabrielle VaissiĂšre-Bonnet, ses coauteures, ne mâen voudront pas de profiter de ces lignes pour mettre davantage en lumiĂšre la capacitĂ© de Jean-Marie Ă nous convaincre de rĂ©diger des livres ou de prĂ©parer des interventions, et surtout Ă nous faire travailler les uns avec les autres. Personnellement je lui dois beaucoup, câest un juste retour des choses.
Alors quâimporte la raison, ce quâil faut retenir avant tout, câest que ce nouvel opus rĂ©digĂ© Ă trois voix est un indispensable des services RH.
LEH Ădition, mai 2023, 276 pages, 45 âŹ
 Jean-Yves Copin

