Numéro 611 - décembre 2021réflexion

santé publique

Pourquoi l’opium ?

Le pavot est une plante issue de la famille des Papaveraceae qui regroupe une cinquantaine d’espèces, dont le coquelicot (Papaver rhoeas) et le pavot à opium (Papaver somniferum). Ce dernier exsude une substance, un latex, l’opium en tant que tel. Le sujet de l’opium est d’actualité. Une série est ainsi annoncée à grand fracas sur les murs de nos villes, Dopesick. Basée sur la crise des opiacés aux États-Unis, cette œuvre, adaptée du livre enquête de la journaliste Beth Macy – Dopesick: Dealers, Doctors, and the Drug Company that Addicted America –, revient sur le scandale pharmaceutique autour d’un médicament contre la douleur dévastateur. L’opium défraie également la chronique people : le chanteur Prince est mort d’une surdose accidentelle de fentanyl, un analgésique opioïde ; tout comme Dolores O’Riordan, chanteuse des Cranberries, ou Logan William, âgé de 16 ans et star de la série The Flash. De nombreuses célébrités communiquent sans hésitation sur leur addiction aux opioïdes, tel Johnny Depp avec l’oxycodone. Cette condition rejoint celle de millions d’anonymes qui traversent ces mêmes tumultes. Marie Bonnet porte ici un regard multidisciplinaire sur la question de l’opium : historique, anthropologique, économique, juridique, médical. Elle tente de cerner le balancement de son usage, entre domaine médical et domaine récréatif, cadre licite et cadre illicite, dévoile les puissants enjeux économiques qui guident ses grandes évolutions et les impasses auxquelles sont confrontés les cliniciens. L’objectif est d’essayer d’esquisser quelques propositions pour les responsables hospitaliers, à partir de l’idée selon laquelle leur responsabilité est aussi engagée, même de manière marginale, au vu des puissants enjeux à l’œuvre.

Biologie et psychologie de l’opium « Ô juste, subtil et puissant opium ! Toi qui, au cœur du pauvre comme du riche, pour les blessures qui ne se cicatriseront jamais et pour les angoisses qui induisent l’esprit en rébellion, apportes un baume adoucissant ; éloquent opium ! Toi qui, par ta puissante rhétorique, désarmes les résolutions de la rage et qui, pour une nuit, rends à l’homme coupable les espérances de sa jeunesse et ses anciennes mains pures de sang ; qui, à l’homme orgueilleux, donnes un oubli passager. »  Ces lignes de Baudelaire tirées des Paradis artificiels (1821) laissent deviner un enjeu psychiatrique. Cette dimension psychiatrique relève de l’intra-psychique du sujet. Nous traiterons ici de l’extra-psychique. Bien évidemment, ces deux dimensions ont un lien, les désirs et les angoisses du sujet, guidant éminemment son rapport à l’environnement, et vice versa. Notre propos vise ici à préciser les dimensions sociales de la question de l’opium, en ce qu’elles orientent d’une certaine manière le désir des sujets.  Pour ce qui est de la dimension psychiatrique, le travail des addictologues est ...

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