À l’hôpital, tout concourt à réduire l’incertitude. Pourtant, la recherche clinique repose précisément sur ce que l’on ne sait pas encore. Entre exigence de maîtrise des risques, rigueur méthodologique et nécessité de préserver le doute scientifique, comment les établissements de santé peuvent-ils organiser cette tension ? Cet article montre comment le doute, loin de disparaître, change d’échelle et devient un véritable enjeu de gouvernance de la recherche clinique.
Chaque jour, un établissement de santé consacre une part considérable de son énergie à réduire l’incertitude. Cartographie des risques, protocolisation des prises en charge, déclaration des événements indésirables : tout le dispositif de pilotage d’un hôpital est construit pour réduire l’aléa en s’appuyant sur la maîtrise des risques. Or, ce même établissement réalise une activité dont la raison d’être est exactement inverse. La recherche clinique, et in fine l’innovation, repose sur la nécessité d’améliorer nos connaissances, de mesurer et d’évaluer, parce que l’on ne sait pas. La recherche nécessite des moyens pour générer un résultat dont le contenu ne peut pas être connu l’avance. Pour un CHU, la recherche se place au centre de ses missions, avec les soins et l’enseignement. La direction de la recherche clinique et de l’innovation (DRCI) est ainsi chargée d’organiser une activité dont la raison d’être est le doute. À l’hôpital, ce paradoxe implique des arbitrages très concrets : le choix des projets, le dimensionnement des équipes, la place accordée à l’expertise méthodologique, la manière de ...
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