Numéro 648 - septembre 2025 dossier

démarche

La prise en soin des patients silencieux

Lorsque l’esprit cérébrolésé s’embrume, le silence risque de devenir contagieux : se taire devant le silence. Ou, à l’inverse, le remplir, comme un dernier cri de vivre. Comment s’ajuster à cette situation incertaine ? Comment rejoindre ce patient dont l’esprit semble s’éteindre, comme un couvre-feu venu trop tôt, alors que le corps tourne encore ? Faire le pari humain de l’autre même s’il semble absent, lui offrir ce qui nous lie : la présence. S’apprivoiser pour créer ensemble.

Le patient crieur et le patient silencieux Synthèse en début d’après-midi à l’hôpital : médecin, soignants, rééducateurs sont réunis. Mme X… crie dans les services. Le temps est court pour échanger autour de nombreux patients. Les projets de séjour sont difficiles à établir : qui est la personne de confiance, qui est sous tutelle, aller en Ehpad, opposition aux soins… ? Les cris continuent. La tension grimpe. « Mme X… n’arrête pas de crier. » Comment faire pour arrêter ces cris ? Les soignants témoignent de leur malaise. Les cris tendent : les entendre, les étouffer ? Le cri fait parler, il dérange. M. O…, quant à lui, est calme ; il ne pose pas de problème, on ne l’entend pas. Le corps qui fonctionne bien, on ne l’entend pas ? Le dossier est vite clos, un autre lui succède. Le silence est-il contagieux ? Peut-on oublier de parler de celui qui se tait ? [caption id="attachment_50563" align="alignnone" width="300"] Méduse, Le Caravage[/caption] Du cri au silence La tête venimeuse de la gorgone Méduse que Persée vient de trancher, une bouche qui s’ouvre en huit dans un paysage fantomatique : un effroi ...

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