Numéro 659 - octobre 2026 dossier

compétence

Du manager infaillible au manager lucide

Assumer et rendre visible le doute comme une ressource de direction managériale

La fonction de dĂ©cideur public, qu’il soit directeur d’hĂŽpital, prĂ©fet ou cadre territorial, s’accompagne d’une reprĂ©sentation sociale tenace : celle du manager omniscient, capable de trancher avec certitude et d’assumer sans faillir les consĂ©quences de ses choix. La rĂ©alitĂ© du terrain est pourtant bien diffĂ©rente. Entre l’injonction hiĂ©rarchique « Faites au mieux » et le « grand moment de solitude » qui suit une dĂ©cision difficile, s’étend un espace de tension permanente entre assurance affichĂ©e et doute intime. Ce doute, loin d’ĂȘtre une faiblesse, peut se transformer en une ressource managĂ©riale Ă  part entiĂšre. Il est le signe d’une luciditĂ© indispensable dans des environnements complexes, oĂč l’information est toujours partielle, les leviers d’action limitĂ©s et les consĂ©quences des dĂ©cisions souvent diffĂ©rĂ©es ou imprĂ©visibles. Dans le secteur hospitalier, oĂč les enjeux humains, Ă©thiques et organisationnels s’entremĂȘlent, cette luciditĂ© devient une compĂ©tence clĂ©.

Note de la rĂ©daction : ce texte est issu d’une intervention orale et en restitue les principaux Ă©lĂ©ments. La solitude du dĂ©cideur : un mythe Ă  dĂ©construire Solitude et dĂ©cision : deux moments distincts Une erreur frĂ©quente consiste Ă  confondre le moment de la prise de dĂ©cision et celui oĂč on assume les consĂ©quences de celle-ci. Dans la plupart des cas, un dĂ©cideur public – surtout en administration territoriale ou hospitaliĂšre – n’est pas seul au moment de trancher. Les processus collĂ©giaux, les concertations avec les Ă©quipes, les avis d’experts ou les cadres rĂ©glementaires encadrent souvent la dĂ©cision. En revanche, la solitude surgit lorsque les consĂ©quences se matĂ©rialisent. Comme le soulignait le marĂ©chal Joffre Ă  propos de la bataille de la Marne en 1914 : « Je ne sais pas qui l’a gagnĂ©e, mais je sais bien qui l’aurait perdue. » La victoire a 100 pĂšres, mais la dĂ©faite est orpheline, dit-on dans la tradition militaire. Cette asymĂ©trie illustre la charge psychologique du dĂ©cideur, qui doit assumer seul les Ă©checs, mĂȘme lorsque la dĂ©cision Ă©tait collective. Un directeur d’établissement qui valide un plan ...

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