Numéro 522 - janvier 2013rencontres de la santé

Éthique

Vérités et mensonges médecins/malades

Raisons et déraisons

On pourrait s’attendre à ce qu’une intervention sur ce thème ait pour objet de formuler un jugement − éthique précisément − condamnant la rétention de la vérité et préconisant l’abolition du mensonge. Tel n’est pourtant pas mon propos, même si les résultats de la recherche évoquée ici plaident pour une véritable information du malade. Je ne me prononcerai donc pas sur la question de savoir s’il est bien ou non de dire la vérité au malade, ni s’il est bien ou mal de lui mentir, comme ont pu le faire des médecins engagés dans cette réflexion (1), mais je montrerai quels mécanismes règlent l’échange d’informations entre médecins et malades. Je m’appuierai sur une recherche de terrain menée dans des services de maladies graves (cancérologie et médecine interne) et qui a fourni la matière d’un ouvrage (2). À cette fin, plutôt que de poser la question en termes éthiques (3), j’examinerai ce qui est en jeu dans les débats éthiques et quelles logiques sous-tendent les prises de position sur la question. 

La réflexion sur la vérité et le mensonge est inséparable d’une réflexion sur l’information du malade, maître mot de la prise en charge médicale, et aujourd’hui largement défendue dans le contexte de la démocratie sanitaire (4). La vérité renvoie ici, non pas à une réalité inaccessible à laquelle s’opposerait l’incertitude caractérisant le domaine médical, mais à la conformité d’un énoncé avec ce que le locuteur tient pour vrai (5).  La recommandation faite aux médecins d’informer leurs malades n’est pas nouvelle. De nombreux textes, codes et chartes, français et européens, en témoignent (6). Par exemple, l’article 35 du code de déontologie médicale de 1995  prévoyait que « le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose ». Cet article comportait cependant des réserves puisqu’il stipulait ensuite : « Toutefois, dans l’intérêt du malade et pour des raisons légitimes que le praticien apprécie en conscience, un malade peut être tenu dans l’ignorance d’un ...

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