Numéro 546 - mai 2015réflexion

Analyse

La fatigue de compassion

L’hospitalité en question

Une nouvelle notion émerge dans le champ sanitaire et social, précisant les relations entre charge de travail, perte de sens, effort affectif et épuisement professionnel : l’usure ou fatigue de compassion. Celle-ci développe un rapport particulier entre le soignant, l’accompagnant ou tout salarié, et l’autre, celui dont il est responsable. Mais derrière une innovation conceptuelle bien commode pour apprécier les modes de travail marqués par l’individualisme, la fatigue de compassion questionne la valeur même de l’hospitalité, voire l’action altruiste elle-même.

En juin 2013, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) publie une étude intitulée « Les Français en quête de lien social » qui dresse un baromètre de la cohésion sociale. Les enquêtes menées soulignent que, depuis trois ans, l’individualisme apparaît comme le premier obstacle au vivre ensemble (32 % des sondés), loin devant les discriminations (16 %), le chômage (14 %) et la pauvreté (11 %). Mais ce constat ne semble plus déclencher en réponse un regain pour la solidarité. En effet, il existe un lien habituel entre la compassion de l’opinion et la conjoncture économique : « Ces trente dernières années, la compassion envers les plus démunis suivait de près les évolutions du taux de pauvreté : en période de vaches maigres, comme lors de la crise de 1993, les Français avaient tendance à montrer plus d’empathie envers les plus démunis. Tandis que lors des périodes d’embellie, comme à la fin des années 1990, les opinions se faisaient plus sévères. » Mais depuis le ralentissement économique de 2008, ce mécanisme est rompu : « La crise se prolonge, la pauvreté ...

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