Numéro 646 - mai 2025 livres

au fil des pages

Sous le signe des mots voyageurs

« Il suffit d’un livre pour se soustraire au rĂ©el qui nous assiĂšge et retrouver aussitĂŽt ce dont nous sommes aujourd’hui de plus en plus dĂ©pourvus : la lenteur. Les livres ont cette capacitĂ© inouĂŻe Ă  ralentir le temps, Ă  diluer les heures en mĂȘme temps qu’ils nous tiennent Ă©loignĂ©s de l’ennui. La compagnie des autres peut nous ĂȘtre barbante. Celle des livres – des bons livres : jamais. »

Comment, avec de telles phrases – ciselĂ©es, pensĂ©es, travaillĂ©es – ne pas faire de François-Henri DĂ©sĂ©rable l’un des auteurs les plus citĂ©s de cette chronique (voir n° 627, juin 2023) ? Il m’arrive souvent de ne pas parler d’un livre aimĂ© pour laisser la place Ă  des auteurs et des maisons d’édition bĂ©nĂ©ficiant de moins de presse. Mais pour Chagrin d’un chant inachevĂ©. Sur la route de Che Guevara, je ne peux pas. En suivant – Ă  peu prĂšs – l’itinĂ©raire des 2 G – Alberto Granado et Ernesto Guevara –, l’auteur nous instruit, se livre, au fil du tracĂ© Argentine-Chili-Bolivie-PĂ©rou-Colombie-VĂ©nĂ©zuĂ©la-Cuba. En citant Hippolyte Taine, « On voyage pour changer, non de lieu, mais d’idĂ©es », il rĂ©ussit par ce rĂ©cit Ă  faire de nous un voyageur immobile. J’ai pu Ă©crire que François-Henri DĂ©sĂ©rable avait une plume fluide, mĂȘme si agaçante parfois. Ce qui est le plus beau dans la lecture rĂ©guliĂšre d’un auteur, c’est de voir ses « travers » disparaĂźtre. À la jeunesse qui devait prouver qu’il savait, se substitue l’écrivain conscient de son rĂŽle de passeur, aimant faire dĂ©couvrir des auteurs oubliĂ©s, tel ...

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