Dans le soin, le toucher est à la fois un outil clinique, un mode de communication et un vecteur de relation. Pourtant, la technicisation des pratiques, les exigences d’hygiène et la recherche de distance favorisent aujourd’hui le recours au regard et aux dispositifs « sans contact ». À travers une réflexion philosophique sur le toucher et le regard, Frédéric Spinhirny interroge ce que cette évolution dit de notre rapport aux corps et à l’altérité. Entre respect de l’intimité, consentement et nécessité du contact, comment préserver une sensibilité indispensable à la relation soignant/soigné ?
La locution latine Noli me tangere (Μή μου ἅπτου, Mê mou haptou en grec) désigne à la fois les mots que le Christ ressuscité adresse à Marie-Madeleine(1) et un thème pictural visant à l’illustrer. Les peintures représentent à peu près d’une manière similaire la position du Christ et celle de Marie-Madeleine, quoique les exégètes puissent décortiquer les différences. En effet, si le texte biblique se limite à cette seule injonction : « Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père », il ne fait mention d’aucun geste. Le Christ a pourtant été représenté majoritairement comme faisant un geste d’éloignement qui repousse Marie-Madeleine. Pourquoi donc le Christ ressuscité repousse-t-il Marie-Madeleine ? Pour tenter de comprendre, saint Augustin distingue deux types de toucher : l’un, charnel, qui se réduit au corps, et un autre, véritable, car spirituel et motivé par la foi : « Aussi une femme qui figurait l’Église étant tombée à ses pieds quand il fut ressuscité, Jésus lui dit : “Garde-toi de me toucher, puisque je ne suis point encore remonté vers mon Père.” Paroles mystérieuses ...
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