Numéro 656 - mai 2026 réflexion

G-cris

Les impensés de la santé/2

Après un premier opus sur les impensés, idées reçues, dénis et non-dits dans le monde du soin, les auteurs retracent ici l’histoire intellectuelle et critique de la pensée en matière d’organisation des systèmes de santé, en remontant aux origines des grandes remises en question du modèle médical dominant du xxe siècle. Et montrent ainsi comment, de critiques en inventaires, s’est progressivement constitué un corpus d’idées reçues et d’impensés qui continuent de structurer — et de freiner — la réflexion sur la santé.

Au cours du xxe siècle et jusqu’à aujourd’hui, des critiques du progrès émergent, qui vont conduire à s’intéresser aux idées reçues dans le domaine de l’organisation de la santé, de ses fondements théoriques et de ses pratiques. Là encore, sur le fond, elles ont quelques racines depuis la fin du xixe siècle. On peut lire ou relire Aldous Huxley, George Orwell, Georges Friedmann, Jacques Ellul, Jean-Pierre Dupuy(1) mais aussi Georges Bernanos(2) ou Georges Duhamel(3), l’inventeur de l’expression « colloque singulier ». Le premier coup de pioche sans doute fut donné par Michael Balint vers 1948, qui se mit à réfléchir collectivement, au sein de groupes d’échanges instaurés dans les services hospitaliers, à la relation médecin/malade(4) et révolutionna l’art de la consultation. Il nous semble qu’on peut lui comparer le mouvement qu’au même moment impulsaient en France des psychiatres autour de Louis Le Guillant et de son épouse Germaine Le Hénaff, en ce qui concerne la formation des personnels des hôpitaux psychiatriques dans le cadre des centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Cemea) et avec leurs ...

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