Le doute est l’un des instruments de prédilection du philosophe, tout simplement parce qu’il permet de mettre à distance les évidences premières et la familiarité du monde pour y loger l’écart, le recul, voire le retrait – conditions nécessaires au questionnement.
On ne questionne pas ce que l’on croit aveuglément, il faut pour cela que surgisse un problème, une dissonance. Or, notre rapport au réel est, la plupart du temps, traversé par une croyance aveugle : je crois ce que je vois, je crois ce que j’entends, j’ai tendance à faire confiance à ma perception sensible grâce à laquelle je peux m’orienter dans le quotidien ; ma croyance va plus loin, je crois ce que les autres me disent, surtout lorsqu’il ne s’agit pas d’une position politique que mon esprit de contradiction serait alors immédiatement tenté de contredire, mais de simples échanges ; je crois ce que je vois sur mon écran, je crois mon GPS, je crois que la route continue après le virage, je crois que le soleil se lèvera demain, autrement dit, j’ai tendance à croire – et c’est pour le mieux – les signes qui guident mon quotidien, les outils dont j’ai un usage permanent, l’évidence de ma perception, et tout ce que l’habitude a construit : ce rapport au monde solide, fixe, rassurant, à l’intérieur duquel je peux évoluer. Si je ne croyais pas que je suis ici, que je traverse la rue, que le feu est passé au vert, que mon GPS ...
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