À Villejuif, patients, visiteurs et personnel de l’hôpital Paul-Brousse peuvent appréhender une partie de l’œuvre du peintre François Gibault, soit plus d’une cinquantaine de tableaux savamment répartis dans presque tous les services, médicaux et administratifs. En 1995, François Gibault avait fait une première incursion picturale à Paul-Brousse, en l’occurrence dans le service des maladies infectieuses, spécialisé dans la prise en charge de patients atteints de sida. Il s’agissait à l’époque d’introduire de l’art dans un lieu où la mort était omniprésente.
Né le 20 février 1935, à Metz, François Gibault suit des études philosophiques et artistiques à l’école d’art de la Rochelle, mais la vie l’oriente par nécessité vers des études le menant à une profession plus prosaïque : ingénieur. Pourtant, son désir de peindre ne l’a jamais quitté. En parallèle, il se plonge dans le monde de la philosophie qui imprégnera, par son questionnement sans fin, toute sa vie. « Les artistes plasticiens parlent peu de ce qu’ils font : ils font. Pour penser l’être de l’art, il faut lire les philosophes, Merleau-Ponty par exemple, ou quelques peintres faisant exception à la règle, tels que Kandisky ou Cézanne. Quant à la question inévitable sur une proposition artistique, la mienne en l’occurrence : c’est quoi tout ça ?, je réponds : c’est ce que vous voyez. Le phénomène visuel perçu signe un espace d’existence créé par une démarche dialectique entre l’émetteur de la proposition, la proposition elle-même et le regardant. C’est seulement à partir de ce schéma, ce “com-prendre”, étymologiquement prendre avec soi, qu’une expression sensible se dévoile. Les expressions plasticiennes contemporaines auxquelles vous êtes confronté sont loin de l’épistémé – ensemble des connaissances scientifiques, du savoir d’une époque et ses présupposés – médiéval : nous ne sommes plus dans la transcendance du réel, de l’expression spirituelle, sacrée, de la vérité métaphysique ou théologique. Nous sommes dans des entreprises parfois aussi futiles qu’insignifiantes, c’est le reflet de l’inauthenticité et de déréliction de notre relation au monde ; mais les propositions des artistes sont toujours là, pour répondre aux questionnements sans fin que nous posons. »
À Paul-Brousse, patients, soignants et visiteurs ont ainsi le privilège de pouvoir plonger dans le « monde » de François Gibault, ce « langage discursif, ce système de signes (artistique, philosophique, scientifique) », de s’y perdre, de s’y trouver, de s’y re-trouver… Un moment unique de vision personnelle et intime offert à ceux qui en prennent le temps. À noter que François Gibault, qui a exposé entre autres à l’Opera Gallery de Paris et New York, a fait don de ces tableaux à l’AP-HP.
Sur le Web : fgibault.free.fr
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