Je vais sur le pont. Si quelqu’un me sourit en chemin, je ne sauterai pas : c’est le dernier message d’un patient qu’a retrouvé Jérôme Motto à la fin des années 60. De ce drame est née l’idée d’une veille qui s’avérera extrêmement efficace pour rompre le sentiment d’isolement et d’abandon : des courriers personnalisés, manuscrits, envoyés aux personnes fragiles de manière périodique.
Cette expérience et plusieurs études sur les bénéfices des dispositifs de veille dans la prévention de la récidive suicidaire ont inspiré la création de VigilanS, programme déployé dans les Bouches-du-Rhône au sein des hôpitaux universitaires de Marseille. Il s’agit d’un ensemble de mesures et d’outils pour maintenir un lien, assurer d’un recours possible en cas de difficulté ou de crise, même après la sortie de l’hôpital.
Aux urgences, un courrier d’information et une petite carte ressource prévention sont remis aux patients qui ont tenté de mettre fin à leurs jours. Leur consentement est recueilli pour pouvoir les contacter ultérieurement, par courrier ou au téléphone. Sur la carte, un numéro gratuit fixe et portable accompagné de ce message : « Nous pensons à vous, restons connectés ! »
La permanence téléphonique est assurée par une psychologue et une infirmière qui reçoivent les appels et joignent les gens selon un calendrier d’appels précis pour s’enquérir de leur état et de leur condition. En cas d’impossibilité de les joindre par téléphone, des cartes postales sont envoyées une fois par mois pendant quatre mois avec un message manuscrit, signe tangible de l’authenticité de la démarche. Marques d’attention discrètes, elles ont vocation par un moyen non intrusif à rappeler qu’il existe, en cas de besoin, des personnes vers qui se tourner.
Les premières évaluations ont démontré que dans l’année qui suit la tentative de suicide, grâce au dispositif de veille, on passe de 1 % de mortalité à 0,6 %. Sur la région des Bouches-du-Rhône, le nombre de personnes concernées par le déploiement du programme pourrait atteindre les 10 000. À titre d’exemple, pour 5 000 personnes, le passage de 1 % à 0,6 % représente une vingtaine de vies sauvées.

