Quels sont les fondements politiques et sociaux des arguments économiques appliqués à la santé ? Cette interrogation est à la base de l’ouvrage. Elle inverse la perspective à laquelle une dizaine d’années dominées par l’impérieux respect de l’Ondam nous avait habitués. Mais l’actuelle pandémie lui donne toute sa pertinence.
Les auteurs, fins connaisseurs de la régulation du système de santé français (qu’ils n’épargnent pas…), enseignent tous les deux l’économie de la santé à Sciences Po Paris. Ils scrutent successivement les trois niveaux de l’intervention de la puissance publique : économie politique, politiques macroéconomiques et interventions microéconomiques ou économie publique. Ils montrent, au travers d’abondants exemples tirés de l’histoire et de l’étude des systèmes étrangers et français, à quel point la définition du souhaitable en santé est contingente et résulte des idéologies dominantes, des préférences collectives, des rapports de force sociaux, et des « arrangements » institutionnels. Ce parcours critique n’assène pas des vérités, mais invite à s’interroger sur ce que la force de l’habitude nous conduit trop souvent à considérer comme des évidences, alors qu’il s’agit de partis pris hexagonaux. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà  » : Blaise Pascal n’aurait pas renié le fil conducteur de la démonstration.
L’approche pédagogique (la marque des éditions Ellipses) et l’usage d’un vocabulaire et de notions compréhensibles pour des lecteurs moins familiers des concepts économiques mettent l’ouvrage à la portée de tous. Sa lecture peut être recommandée aux étudiants en parcours d’accès spécifique santé (Pass) ou qui se destinent aux concours administratifs de l’EHESP ou de l’EN3S. Mais elle interpellera aussi les familiers du monde de la santé qui s’interrogent souvent sur les mécanismes appliqués par l’État ou l’assurance maladie sur leurs activités.
Infos Ellipses, avril 2021, 336 pages, 26€


