
Alain Halbout, directeur général honoraire du CHU de Rouen, nous a quittés le 30 janvier 2025. Il était l’un des derniers représentants d’une génération de ces directeurs généraux dotés d’une forte personnalité qui ont contribué à bâtir les CHU aux côtés d’hospitaloÂ-universitaires engagés dans la mise en Å“uvre de la réforme Debré de 1958. Vosgien aux racines italiennes, il fut, pour tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer, un exemple d’engagement, d’autorité et d’indépendance. Attentif aux autres, il était de ces chefs qui ne craignent pas la compétence de leurs collaborateurs. Bâtisseur, ouvert au monde et aux innovations, il a été à l’origine du Groupe de recherche et d’applications hospitalières (Graph), soutien indéfectible de la revue Gestions hospitalières, promoteur du Centre national de l’expertise hospitalière (CNEH), président de la Conférence des directeurs généraux de CHRU et du Syndicat des cadres hospitaliers (SNCH), porteur de la grande union hospitalière du Nord-Ouest/Fédération hospitalière de France (FHF). Son parcours hospitalier le mena de Poitiers à Épinal, Semur-en-Auxois, Dijon, Lyon pour enfin s’établir à Rouen. L’engagement dans la durée lui tenait à cÅ“ur : « Le directeur général doit susciter les énergies novatrices, promouvoir l’intérêt général, tout en sauvegardant la relation privilégiée qui l’attache à chacun des membres de l’équipe. » Ces principes ont été constamment les siens à la tête du CHRU de Rouen pendant 20 ans (1975-1995). Dans un entretien accordé en novembre 2010 à l’occasion du 500e numéro de notre revue, Alain Halbout s’était livré, tirant les enseignements de son passé professionnel et des épreuves et bonheurs de sa vie personnelle.
Dans le numéro 34 de la revue Le Directeur d’hôpital (juin 1995), dédiée au CHU de Rouen, Guy Bezzina vantait la métamorphose de cet établissement sous l’impulsion d’un homme déterminé qui bénéficiait de la confiance de Jean Lecanuet, maire et président du conseil d’administration : « Parfois critiqué, souvent admiré, toujours respecté, Alain Halbout ne cherchait pas à faire l’unanimité, car il ne souffrait pas l’uniformité […]. La rigueur qu’il mettait dans tout ce qu’il entreprenait et l’exigence qu’il imposait à ses collaborateurs pouvait faire croire à une intelligence froide, masquant l’inquiétude et la sensibilité d’un homme au grand cœur. Il voulut et sut rester maître des décisions, des situations et des évènements pour être le meilleur serviteur de son hôpital et des malades qui y étaient accueillis. Il occupa les premières places parce que c’était celles qu’il méritait et où il donnait sa pleine mesure. Avec Alain Halbout et les directeurs de sa génération s’achève une époque […] ».
De 1966 à 2000, Alain Halbout a été le pilier de notre revue, contribuant à sa qualité et à sa cohérence, nourrie de sa curiosité, de ses réflexions et actions. Sa vision de l’hôpital, de la gestion et de l’innovation, son ouverture au monde, resteront des repères, des « amers » pour tous les hospitaliers et pour le comité de rédaction. Merci Monsieur !
Jean-Michel Budet
Directeur de la rédaction
Un homme libre
« La mémoire de mes amis morts m’est douce et attrayante. Car je les ai possédés comme devant les perdre ; je les ai perdus comme
les possédant encore. » Sénèque, Lettres à Lucilius
Alain Halbout était ouvert aux idées nouvelles, curieux, exigeant et respectueux, attentif aux autres, et particulièrement aux jeunes qu’il considérait comme des interlocuteurs indispensables.Â
C’est grâce à lui que Gestions hospitalières est devenue une revue de référence dans la profession. Avec René Bandelier, il a transformé un outil d’aide à la gestion quotidienne des hôpitaux, indispensable à une époque où la littérature hospitalière était quasi inexistante, en une revue de réflexion et de prospective.
Exigeant sur la qualité des textes, sollicitant et acceptant les points de vue novateurs, il a animé le comité de rédaction de la revue pendant plus de 30 ans.
Sa carrière hospitalière fut animée, fait rare, par un souci constant de réaliser et d’achever ses projets.
Il a créé le Graph, dirigé le CNEH, présidé le SNCH à une époque où la profession avait besoin de s’affirmer, présidé la Conférence nationale
des directeurs généraux de CHU…
Toujours fidèle à ses convictions, c’était un homme libre.
C’était aussi pour moi un ami fidèle et précieux.
J’adresse mes plus affectueuses pensées à Marie-Hélène, Béatrice, Nathalie et Valérie, ainsi qu’à leurs enfants et petits-enfants.
Véronique Laloue
Directrice de la publication (1988-2024)

