Numéro 505 - avril 2011réflexion

Société

Vieillir à l’intersection des espaces politique, public et privé

Jamais nous n’avons autant parlé de la vieillesse et des personnes âgées, présentées comme un problème de société à la fois médical et économique. Le nombre des théories scientifiques traitant de la sénescence, estimé à 300 en 1990 (1), ne cesse d’augmenter ; les rapports sur la vieillesse se multiplient… La médecine a de plus en plus affaire aux personnes âgées, ce qui justifie le développement des spécialités récentes de la gériatrie et de la gérontologie. Mais si nous connaissons mieux la vieillesse dans ses dimensions sociales, psychologiques et organiques, si nous agissons davantage par des mesures socio-économiques et médicales, la comprenons-nous mieux pour autant ? Comprendre la vieillesse exige de décliner ce phénomène à plusieurs niveaux – scientifique, social et humain –, ce qui implique des effets pragmatiques à un niveau à la fois individuel et collectif. Comprendre la vieillesse requiert d’articuler ces trois dimensions pour ressaisir la façon dont elle fait sens aujourd’hui, sens qui, loin de susciter un consensus, s’avère essentiellement discuté, voire contesté. La vieillesse, qu’en savons-nous, qu’en faisons-nous ? Que voulons-nous ?

Que savons-nous ? L’ordre du savoir cherche à décrire les différents phénomènes à l’œuvre dans la sénescence, processus qui débute dès la conception mais franchit une période critique à un moment déterminé, variable selon les espèces ou entités organiques considérées. Bien qu’il n’y ait pas de classification définitive et consensuelle des différentes théories de la vieillesse, nous pouvons décliner cette approche biologique à six niveaux, même si, à chacun d’entre eux, de nombreuses discussions perdurent. Au niveau du gène, il s’agit d’appréhender des phénomènes génétiques dans une optique évolutionniste. Cette méthode s’est développée à partir d’A. Weismann (Ueber die Dauer des Lebens, 1882) et justifie aujourd’hui de nombreuses hypothèses. L’une par exemple considère les gènes comme une horloge biologique : les phénomènes macroscopiques du vieillissement seraient corrélés au raccourcissement des télomères au moment de la division cellulaire. À partir des recherches de C. Kenyon sur Caenorhabditis elegans daf-2 et daf-16, une autre hypothèse suppose la présence de gènes déclenchant le processus du ...

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