Numéro 585 - avril 2019réflexion

stratégie managériale

Transformations à l’hôpital

Mythe ou réalité ?

Dans leur rapport annuel 2018, les magistrats de la Cour des comptes ont rendu un avertissement au sujet de la dette des établissements publics de santé. De 30,8  milliards en 2014, celle-ci a bien connu une très légère inflexion pour atteindre 29,8  milliards en 2016, mais plus de 300 établissements publics de santé, soit le tiers du parc hospitalier, sont toujours dans une situation d’« endettement excessif ». Pour l’année 2017, le niveau d’endettement devrait être similaire et le déficit cumulé a augmenté depuis 2016 pour atteindre près de 600 millions d’euros en 2018. Après dix ans d’une politique managériale adossée au déploiement de la tarification à l’activité, comment apprécier les réorganisations hospitalières au regard des résultats financiers actuels ? Où peut conduire la conduite du changement ? Finalement, les transformations sont-elles en cause dans le malaise hospitalier ou, à l’inverse, dans le fait que rien ne change véritablement ? De quel mythe procède donc le discours sur le changement ?

S’il renouvelle notre quotidien, le changement n’est pas forcément bon en soi Nous le disons d’emblée, notre propos n’est pas un refus du changement car celui-là apparaît fondamentalement comme une composante nécessaire à la vie quotidienne. Pour débuter par un peu d’analyse, Kant, dans son Anthropologie, précisait « les causes qui augmentent ou diminuent l’intensité des impressions sensibles » : le contraste, la nouveauté, le changement, l’intensification. Kant explique que le nouveau vivifie l’attention alors que le banal et l’habituel l’étouffent. Le changement également stimule les forces vitales, car « la monotonie (la parfaite uniformité dans les sensations) finit par produire l’atonie (la lassitude de l’attention) et affaiblit la sensation. Un sermon débité tout entier sur le même ton, qu’il soit déclamé avec force ou d’une voix modérée, mais uniforme, provoque le sommeil dans toute l’assemblée. Le travail et le repos fortifient l’esprit. La nature elle-même a déjà fait en sorte que la douleur – la douleur est le « grand aiguillon de la vie » précisait le philosophe – se glissât involontairement ...

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