Numéro 550 - novembre 2015réflexion

Essai

Naître et venir au monde…

Une question de philosophie politique

À chaque fin d’année se répète le même rituel médiatique : des reportages dans les maternités nous montrent un nouveau-né, si possible le tout premier du 25 décembre ou celui né pendant les douze coups de minuit de la Saint-Sylvestre. Bien entendu, ces images composent avec le thème de « ceux qui ne sont pas chez eux à réveillonner comme tout le monde » et permettent avant tout desouligner ce qui fait la sève du réveillon : l’engagement sans faille du personnel soignant dans les hôpitaux publics, le bonheur d’une famille qui s’agrandit, les bonnes résolutions, l’importance d’être ensemble, les projets d’avenir qui viennent rompre le charme du « c’était mieux avant ». Mais, au fond, pourquoi montrer systématiquement la naissance ?

« Lèvre interdite/Annonce/Que quelque chose arrive encore,/Non loin de toi. » Paul Celan (cité par Maurice Blanchot dans Une voix venue d’ailleurs, Gallimard, 2002) Nous pourrions en effet tout aussi bien imaginer des reportages sur un chômeur de longue durée qui obtient un CDI la veille de Noël, la réussite au permis de conduire, un ressortissant étranger accédant à la nationalité française, une greffe de rein comme preuve d’amour, l’accession à la propriété d’un jeune couple d’intermittents du spectacle, une adoption désirée depuis longtemps, une guérison inespérée… Derrière le cycle de la vie humaine auquel se rattachent in extremis les journalistes, pourtant avides de sensations morbides tout au long de l’année, nous pouvons interroger le sens de cet heureux événement en proposant une petite philosophie de la naissance. Finalement, en quoi un « nouveau-né » est une « bonne nouvelle » ? Tout d’abord, il faut se rendre à l’évidence : l’événement de notre propre naissance nous échappe. Si d’autres s’en soucient pour nous, subjectivement nous ne connaissons rien de ce moment. De plus, l’accouchement ...

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