Numéro 535 - avril 2014dossier

Entretien

Les sources du phénomène bureaucratique

Une grande confusion paralyse la réflexion actuelle sur la modernisation du système de santé : celle qui veut voir dans l’administration publique le cœur du phénomène bureaucratique. Or, la pétrification des organisations provient principalement des conséquences d’une société normative orientée vers le contrôle permanent et des théories managériales qui entravent l’action quotidienne. C’est le sens des propos de Béatrice Hibou, politologue et directrice de recherche au CNRS, auteure de « La Bureaucratie du monde à l’ère néolibérale ».

Dans l’introduction de votre essai, vous décrivez le quotidien d’Alice, infirmière dans un hôpital parisien. Elle paraît débordée par les tâches bureaucratiques que lui impose le système de santé actuel : elle passerait ainsi un tiers de son temps à contrôler ses gestes et à en rendre compte. Avez-vous véritablement rencontré cette infirmière et n’est-ce pas le propre d’un professionnel de santé de surveiller ses bonnes pratiques en matière de soin ? Oui, elle existe et elle travaille dans un service ambulatoire d’un grand hôpital parisien ! J’ai pu faire avec Alice de nombreuses séances de travail et d’échanges croisés : je lui ai demandé d’abord un énorme travail de description, puis d’affiner le décorticage de sa journée, notamment pour distinguer ce qui relevait de ce qu’elle considérait comme son métier et ce qu’elle considérait comme de la bureaucratie ne relevant pas de sa compétence, ainsi que pour approcher réellement le temps que prenaient toutes ces tâches bureaucratiques, finalement évalué à un tiers. J’ai également réalisé des entretiens avec d’autres soignants mais avec Alice, c’était très ...

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