Numéro 546 - mai 2015graph

Réflexion

La transparence

Vertu des belles âmes pour Jean-Jacques Rousseau, la transparence s’est propagée dans toutes les sphères : politique, sociale, économique, artistique. Réinvesti dans la cité, le peuple s’approprie le rôle central de vigile démocratique. Adossée à l’outil numérique, la transparence œuvre à une plus grande accessibilité de la connaissance. Mais son culte sans limites présente des risques. Les échanges au sein du séminaire du Groupe de recherche et d’applications hospitalières (Graph) Alpes du 12 au 14 mars ont permis de cerner les contours parfois opaques du principe de transparence.

Une idée neuve en Europe Comme le bonheur, pour paraphraser Saint-Just, la transparence est une idée neuve en Europe (1), apparaissant en même temps que le principe du gouvernement représentatif à la fin du XVIIIe siècle. Dans la pensée grecque, la transparence ne peut être une vertu dans la mesure où elle s’écarte du juste milieu. Au XVIIe siècle, Molière ridiculise Alceste lorsqu’il lui fait dire, dans Le Misanthrope : « Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre, le fond de notre cœur, dans nos discours, se montre. » Comme le souligne Sandrine Baume (2), ce sont les écrits de Jeremy Bentham (3) et Benjamin Constant aux XVIIIe et XIXe siècles qui érigent la transparence au rang de vertu publique. La transparence apparaît ainsi comme le gage d’une moralisation de la politique, d’une confiance des gouvernés à l’égard des gouvernants, dont ils observent les actions, et d’un jugement éclairé grâce à la publicité des discours et des actions. Issue des Lumières, la transparence est une vertu profondément moderne et démocratique dont la quête apparaît infinie dans la sphère publique, mais pas ...

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