Numéro 557 - juillet 2016dossier

Société

La mort à l’hôpital

L’enjeu de la chambre mortuaire

« Philosopher c’est apprendre à mourir. » Selon Cicéron et Montaigne, c’est la conscience de la mort, issue inévitable de la vie, qui lui donne tout son sens et fait de nous des hommes, voire des philosophes. La mort, ainsi que le remarque le philosophe Vladimir Jankélévitch (1), est un phénomène qui frappe par sa double nature de familiarité et d’étrangeté : tout le monde meurt, et pourtant toute mort est un drame. C’est pourquoi la mort constitue un objet privilégié de l’instigation philosophique. Avec le développement de la médecine, on meurt aujourd’hui dans les institutions médicales, où la fonction mortuaire est largement occultée, voire taboue. La chambre mortuaire est le maillon de la chaîne entre les services de l’hôpital et les pompes funèbres…

Avec le développement de la médecine, on meurt aujourd’hui dans les institutions médicales. Selon le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales intitulé « La mort à l’hôpital (2) », 58 % des décès survenus en 2008 l’ont été dans un établissement de santé. Les hôpitaux publics sont particulièrement concernés : alors qu’ils accueillent 62 % des séjours en institution médicale, ils représentent 78 % des décès qui y surviennent (49,5 % du nombre total de décès en 2008). Cela représenterait aujourd’hui plus de 250 000 personnes par an selon les chiffres de l’Insee(3). Or, la fonction mortuaire de l’hôpital est aujourd’hui largement occultée, voire taboue. Le même rapport constate en effet que « la prise en charge de la mort en figure pas explicitement dans [s]es missions ». Ressentie comme un échec des soins du patient, la mort n’a pas encore de place reconnue dans les établissements publics de santé, alors qu’elle en fait d’ores et déjà partie intégrante. Contactés par le service de soins en cas de décès, les agents de la chambre mortuaire organisent le transport logistique du corps du ...

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