Numéro 571 - décembre 2017(dossier)

Proximité

Le centre hospitalier de l’Aigle (Orne) lance une plateforme web pour faire le lien entre l’hôpital et la médecine de ville (60 praticiens).  Ces annonces se multiplient et illustrent le tournant pris par les professionnels de santé. Gestions hospitalières a souhaité dans ce dossier apporter sa contribution en illustrant ce changement « en marche ». Le décloisonnement est à l’ordre du jour et le discours itératif sur son impérieuse nécessité commence enfin à se traduire dans les faits. Pourquoi cet alignement soudain des planètes après des décennies d’affichages, alors que les organisations s’avéraient de plus en plus cloisonnées ? On peut sans doute identifier quelques raisons principales fondées sur des ruptures.

• Rupture technologique avec l’irruption du numérique, de l’intelligence artificielle et de ses acteurs flexibles et conquérants : objets connectés, télémédecine, applicatifs… En quelques mois, la gestion des rendez-vous a connu une véritable révolution avec une start-up comme Doctolib qui a conquis jusqu’à l’AP-HP. Le plan de déploiement de la fibre et la fin annoncée des zones blanches faciliteront l’accès à ces innovations. Parallèlement, les GAFA investissent massivement dans la collecte et l’exploitation des données de santé, la recherche en santé et la domotique.

• Rupture dans le domaine de l’assurance santé et des opérateurs avec l’arrivée des complémentaires et assureurs confortés par le législateur et prêts à mettre en œuvre des plates-formes de service tout comme le groupe La Poste dans sa phase de reconversion (projet e-santé et carnet de santé numérique). Là aussi apparaissent des offres de consultations à distance, de visites à domicile alors que, parallèlement, la permanence des soins avait tant de difficultés jusqu’alors à s’organiser.

• Rupture générationnelle, tant en ville qu’à l’hôpital, avec des médecins et des professionnels plus enclins au travail en équipe et en réseau, à développer l’ambulatoire en médecine comme en chirurgie. Groupements hospitaliers de territoire, maison de santé, réseaux de santé, centres de santé recentrés sont autant d’éléments qui initient ce mouvement.

• Rupture aussi dans la prise de conscience d’une responsabilité collective à répondre aux inégalités notamment territoriales de santé, aux questions lancinantes des « déserts médicaux » et de la permanence des soins, de la qualité et de la pertinence et à l’interpellation des patients en attente d’une confiance retrouvée dans le système de soins et de santé. La contrainte économique et financière et l’objectif de rétablissement de l’équilibre des comptes sociaux conduisent aussi les acteurs de santé à proposer des modalités d’organisation plus sobres et pertinentes.

Le Dr Patrick Bouet, président du conseil de l’Ordre des médecins (Cnom), fait ainsi de la coopération ambulatoire/ville une priorité, une « urgence ». Pour reprendre ses propos, « seule une plus grande ouverture sur la ville et tous les acteurs du territoire pourra permettre d’éteindre le feu qui couve ».

Si les planètes sont alignées pour passer à l’action, la réponse doit aussi être adaptée à chaque situation et à chaque territoire tout en conservant les références d’équité. Longtemps, la capacité à innover a été freinée au-delà des lourdeurs propres aux opérateurs par le souci permanent d’égalité et la nécessité de ne conserver que les initiatives généralisables à l’échelon national. Tel n’est plus le cas et le début de liberté donné aux préfets et à quelques directeurs généraux d’agences régionales de santé en ce début d’année 2018, bien qu’encore timide et circonscrit, est un signal positif.

Comme s’y est engagé le Cnom, il est temps d’encourager, d’évaluer et de collecter les initiatives pour féconder les territoires. La réponse de proximité sécurisée et coordonnée est attendue unanimement de la population.

Jean-Michel Budet
Directeur de la rédaction, Gestions hospitalières