Numéro 567 - juillet 2017actualité

Hommage à Simone Veil

Simone Veil sur le stand de Gestions hospitalières, en décembre 1975, lors des 6es Assises nationales de l’hospitalisation publique, lorsqu’elle était ministre de la Santé sous le gouvernement Giscard.
À sa gauche, Pierre Raynaud, délégué général de la FHF, Henri Terraillon, fondateur de la revue, et Michel Beltoise, chef de publicité.

La disparition de Simone Veil en ce début d’été a été un choc pour beaucoup de Français et de Françaises qui en avaient fait leur personnalité politique préférée. Cette femme d’exception, dont le parcours fascinant est connu de chacun, fut notamment à plusieurs reprises en charge des Affaires sociales et de la Santé. J’ai eu la chance de la côtoyer de 1993 à 1994 au cabinet commun Simone Veil/Philippe Douste-Blazy où j’étais conseiller en charge des Affaires hospitalières. Tant de choses ont été écrites à propos de Simone Veil que je me limiterai à un témoignage ponctuel pour évoquer cette femme de combat qui m’a profondément marqué.

Nous sommes le 15 novembre 1993 et je suis dans la voiture de Simone Veil. Nous partons de la place Vauban où elle demeure pour nous rendre sur les lieux qui abriteront le futur hôpital Georges-Pompidou, dans le 15e arrondissement de Paris. La ministre d’État doit poser, avec le Premier ministre Édouard Balladur et en présence de Jacques Chirac, alors maire de Paris, la première pierre de cet hôpital dont la construction tarde depuis de nombreuses années. Dans la voiture, nous évoquons cette longue gestation et les difficultés considérables de cette opération de regroupement de plusieurs hôpitaux parisiens, avec leur histoire particulière. Le climat est détendu et nous conversons aussi de la réforme du financement des hôpitaux, encore sous budget global ; je souhaite convaincre la ministre d’aller vers un financement à l’activité s’appuyant sur le projet de médicalisation du système d’information (PMSI).

Arrivés sur le site, c’est très vite une bousculade sans nom, et Simone Veil, qui n’aime guère les promiscuités physiques, se tend et me dit avec un certain courroux qu’une personnalité importante vient de lui marcher sur les pieds. Je ne reviendrai pas en voiture avec elle comme cela était prévu, elle a décidé de revenir avec le Premier ministre. Elle est très irritée : ce dernier a évoqué dans son discours une réforme de l’organisation des hôpitaux, que les médias décriront comme la mise en place d’assistances publiques régionales. Or, Simone Veil est extrêmement attachée à l’autonomie des établissements hospitaliers et elle a beaucoup de réserves quant au fonctionnement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris qu’elle ne considère pas comme un modèle. On dit même qu’elle aurait ce jour-là proposé sa démission au Premier ministre si une inflexion de projet politique pour les hôpitaux n’était pas retenue. Cette femme de caractère et de combat, aux convictions et à la détermination farouches, a eu raison des « assistances publiques régionales ». C’est sous une forme bien différente que seront mises en place plus tard, sous l’impulsion d’Alain Juppé, les agences régionales d’hospitalisation (ARH) puis plus tard les agences régionales de santé (ARS).

Je ne fus pas toujours d’accord avec ma ministre et je me suis battu pour le maintien des programmes hospitaliers de recherche clinique (PHRC) qu’avait mis en place Bernard Kouchner et qu’elle voulait supprimer sur la pression de certains membres de son cabinet au prétexte que ce n’était pas à l’hôpital de faire de la recherche. Je réussis à la convaincre, car Simone Veil, qui avait une grande résolution et beaucoup de détermination, était aussi dotée d’une très grande capacité d’écoute et pouvait être convaincue par des arguments solides. Il m’est arrivé de penser qu’elle appréciait les personnes qui lui tenaient tête, pour autant évidemment que ce fût avec bonne foi et courtoisie. Pour moi qui fus témoin et parfois l’objet de ses légendaires colères, je garde d’abord le souvenir de son merveilleux sourire et de son conseil lorsque je quittai, à ma demande, son cabinet pour aller diriger la DRH de l’AP-HP. Après plus d’une heure d’entretien, elle me dit : « Bon courage Monsieur Paire, je compte sur vous pour faire bouger cette AP-HP. »

Christian Paire
Directeur général de CHU honoraire
Ancien conseiller de Simone Veil